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Source : Le Monde - Marie Bourreau et Julia Pascual - 13/4/2019

Le Haut Commissaire aux réfugiés de l’ONU demande la mise en place de « couloirs humanitaires » vers l’Europe pour les plus vulnérables.

Les affrontements en Libye font planer une menace grandissante sur la situation des nombreux migrants en quête d’Europe et bloqués dans le pays. Depuis l’éruption des combats au sud de Tripoli il y a une semaine, qui opposent les forces du maréchal Khalifa Haftar à celles du gouvernement de Fayez Al-Sarraj, reconnu par la communauté internationale, « les risques pour leur vie augmentent d’heure en heure. Il est urgent de les mettre à l’abri. C’est une question de vie ou de mort », a déclaré le Haut-Commissaire aux réfugiés (HCR), l’Italien Filippo Grandi, dans un communiqué publié vendredi 12 avril.

Quelque 3 000 migrants reclus dans les centres de détention officiels de la capitale sont exposés à des risques sévères. La grande majorité est susceptible de relever du droit d’asile. Originaires d’Erythrée, de Somalie ou du Soudan, ils sont détenus parce que considérés comme étant en situation irrégulière, dans des conditions qualifiées « d’atroces et d’inadmissibles » par M. Grandi. Le HCR « demande de toute urgence la libération immédiate » de ces personnes et la mise en place de « couloirs humanitaires » pour les plus vulnérables.

« On compte sept centres de détention officiels à Tripoli, résume Hassiba Hadj-Sahraoui, conseillère aux affaires humanitaires de Médecins sans frontières. Tous se situent à une dizaine de kilomètres maximum des combats et l’un d’eux, à Qasr bin Ghashir, est déjà sous le contrôle des forces d’Haftar. »

Le HCR a évacué environ 152 migrants d’un des centres de détention au sud de Tripoli, qui se trouvaient menacés par les combats et privés de nourriture, « mais une partie seulement ont pu être déplacés vers le centre du HCR, qui n’a pas la capacité d’accueillir tout le monde », souligne Hassiba Hadj-Sahraoui. Elle s’inquiète par ailleurs du « risque très important que certains détenus se retrouvent enrôlés de force dans les combats ou recrutés en soutien logistique ».

« Situations absurdes »

Les traversées de la Méditerranée centrale vers l’Europe se situent actuellement à un niveau très faible avec 551 arrivées en Italie et 246 à Malte depuis janvier, selon l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), contre près de 25 000 en 2018, plus de 119 000 en 2017 et plus de 180 000 en 2016. Celles-ci sont devenues, dans le même temps, beaucoup plus dangereuses : le taux de mortalité sur la route de la Méditerranée centrale est passé de 2,6 % en 2017 à 13,8 % en 2019. On dénombre 256 morts depuis le début de l’année. Le porte-parole de l’OIM, Flavio Di Giacomo, a fait part au Monde de sa « préoccupation » face à la « diminution des moyens de sauvetage » en mer.

Lire l’entretien : Migrants : « Les ONG ont sauvé l’honneur de l’Europe en Méditerranée »

Depuis que la plupart des ONG ont renoncé ou sont empêchées d’opérer en Méditerranée centrale et alors que l’Union européenne (UE) vient de mettre fin aux activités navales de l’opération militaire « Sophia », les Libyens sont les principaux acteurs du sauvetage dans la zone. Financés et équipés par l’UE, et en particulier l’Italie et la France, les gardes-côtes ont intercepté plus de 16 000 migrants depuis 2018. Mercredi, ils ont encore ramené à terre 19 personnes qui se trouvaient en détresse en mer.

« On se retrouve dans la situation absurde où l’UE s’est désengagée en se reposant sur les gardes-côtes libyens qui ramènent les migrants dans les centres de détention que tout le monde essaye d’évacuer pour les protéger », s’indigne Hassiba Hadj-Sahraoui.

Alors que les conditions météorologiques sont plus favorables, l’escalade militaire en Libye pourrait encourager les tentatives de fuite du pays dans lequel le HCR a identifié plus de 670 000 migrants, dont 58 000 relevant d’un besoin de protection internationale. Des Libyens pourraient notamment vouloir prendre la mer. Plus de 9 500 d’entre eux ont déjà été déplacés par les combats.

Tergiversations

Jeudi, 73 personnes parties de Tunisie et se déclarant tunisiennes et libyennes ont justement été débarquées sur l’île italienne de Lampedusa après avoir été interceptées par les autorités. Le ministre italien de l’intérieur d’extrême droite, Matteo Salvini, a aussitôt tweeté : « Au travail pour leur expulsion. » Depuis l’été 2018, il a interdit l’accès des ports italiens aux navires humanitaires portant secours aux migrants en Méditerranée.

Chaque sauvetage opéré par une ONG occasionne donc une crise diplomatique et des tergiversations de plusieurs jours avant que quelques Etats membres volontaires se mettent d’accord sur une répartition des migrants secourus. Vendredi, un accord était justement en cours d’élaboration pour organiser la prise en charge d’une soixantaine de migrants sauvés le 3 avril au large de la Libye par le navire Alan Kurdi de l’ONG allemande Sea-Eye.

Tandis que le ministre de l’intérieur, Christophe Castaner, est critiqué depuis qu’il a qualifié les ONG en Méditerranée de « complices » des passeurs, il a annoncé vendredi que la France accueillerait 20 personnes en besoin de protection. « Notre action vis-à-vis des ONG est généreuse et se poursuit », défend une source Place Beauvau. L’Allemagne a aussi fait part de sa bonne volonté.

Lire aussi Selon Castaner, les ONG secourant les migrants « ont pu se faire complices des passeurs »

« La situation en Libye rend absolument nécessaire la mise au point d’un mécanisme de débarquement dans un port sûr, de façon prévisible et en phase avec les conventions internationales, a réagi Flavio Di Giacomo, de l’OIM. Nous avons toujours dit que tous les migrants secourus dans les eaux internationales doivent être ramenés dans un port sûr et la Libye n’en est pas un. »

Les divisions de l’Europe sur la question migratoire ne laissent pas entrevoir de solution stable à moyen terme et le contexte électoral la rend plus improbable encore.

Marie Bourreau (New York, Nations unies, correspondante) et Julia Pascual

 


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