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Source : La Depêche - Gilles-R. Souillés - 8/6/2019

Le centre de Cornebarrieu détient le record des durées de rétention des étrangers sans papiers.

Le centre de rétention administrative de Cornebarrieu, censé accueillir les étrangers en situation irrégulière en attente d'expulsion, est-il devenu une prison qui ne dit pas son nom ? Dans un rapport national rendu public en début de semaine, la Cimade, une association d'aide aux migrants, qui intervient au sein du centre, pointe les «graves dérives» qu'elle constate au quotidien sur le site toulousain.

«Le centre est prévu pour 126 places, mais le secteur hommes est saturé, explique Pablo Martin, un des membres de l'association, et on compte depuis le début de l'année une quinzaine de familles avec 31 enfants dont le plus jeune est un nourrisson d'à peine 15 jours. On les parque dans des conditions indécentes alors que ce sont des personnes qui n'ont commis aucun délit, sinon de ne pas avoir de papiers en règle».

Détention la plus longue de France

Cornebarrieu affiche aussi un triste record, celui d'avoir la durée de rétention la plus longue de France. «En moyenne, sur le territoire national, les personnes passent 14 jours dans les centres, ici c'est 20 jours, poursuit Pablo Martin. L'an dernier, près du tiers des résidents est resté entre 30 et 45 jours. Ce qui entraîne des tensions et des violences pour des populations fragilisées psychologiquement». Et la situation ne devrait pas s'arranger, car la nouvelle loi entrée en vigueur le 1er janvier dernier porte la durée maximale de rétention à 90 jours.

«Aujourd'hui, on en arrive à arrêter les gens en séjour irrégulier en fonction de la place qui se libère en rétention», précise Pablo Martin. Au prix de quelques aberrations. On pourrait sourire s'il ne s'agissait d'un sujet aussi lourd. Simple délit de faciès ? L'an dernier, ce sont quatre ressortissants bien français, en situation régulière, qui ont été retenus au centre de Cornebarrieu, dont une lycéenne toulousaine en fugue. «Elle n'avait pas donné au départ son identité, mais après l'avoir fait, il a fallu qu'elle passe devant un juge pour être libérée», constate la Cimade.

1300 personnes en 2018

Selon le rapport, sur les 1300 personnes passées par le centre en 2018, 40 % ont fait l'objet d'une mesure d'éloignement et autant ont été libérées à la suite d'une décision du juge des libertés et de la détention. «Par principe, nous sommes opposés à l'enfermement des sans papiers, plaide Pablo Martin. Et un rapport parlementaire qui est sorti, hier, confirme que l'usage de la détention administrative est inefficace. Le constat est fait, les centres sont devenus des lieux de gestion de flux migratoires où on enferme les gens pour les cacher». Où l'on peut retrouver aussi des individus dangereux, fichés «S», comme ce ressortissant tchétchène condamné cette semaine par le tribunal de Toulouse à six mois de prison ferme pour apologie de terrorisme et de Daesh.

Rien qui n'inquiète apparemment la préfecture. «La durée du placement en rétention d'une famille entière est la plus brève possible eu égard au temps strictement nécessaire à l'organisation logistique du voyage, précise l'administration. Et la loi encadre très strictement la rétention des étrangers mineurs qui ne sont jamais séparés de leur famille». Bref, tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes… possible.

 
 
 

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