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Source : Libération - 11/6/2019

L’ancienne capitaine du «Iuventa», immobilisé depuis 2017, encourt vingt ans de prison en Italie. Accusée de complicité avec les passeurs, elle affirme n’avoir fait que respecter le droit international, qui impose de porter secours à toute personne en détresse.

Elle est poursuivie pour avoir sauvé des migrants en mer : accusée de complicité avec des «passeurs» libyens, la capitaine allemande Pia Klemp, ancienne commandante des navires de sauvetage Iuventa et Sea Watch 3, est sous la menace d’un procès en Italie et d’une peine pouvant aller jusqu’à vingt ans de prison. Encore peu médiatisé, son cas a été mis en lumière ces derniers jours par une pétition qui a récolté 75 000 signatures en mettant en garde contre «la capitulation de toute humanité en Europe» si Klemp venait à être condamnée. En France, l’eurodéputé socialiste Raphaël Glucksmann, l’eurodéputé écologiste Damien Carême (également maire de Grande-Synthe) ou encore l’ancien candidat socialiste à l’élection présidentielle Benoît Hamon lui ont apporté leur soutien.

«Le sauvetage humanitaire est criminalisé»

Contrairement à ce qu’indiquent certains médias, le procès de Pia Klemp n’a pas encore démarré. Mais il serait «imminent», selon une interview de la capitaine parue vendredi sur le site du quotidien suisse Basler Zeitung. Celle-ci craint qu’il s’étale sur une année, avec des frais de justice pouvant s’élever à 300 000 euros. Et si elle s’affiche confiante quant au fait d’échapper à la prison, elle estime que le plus grave est déjà arrivé : «Le sauvetage humanitaire est criminalisé.»

L’enquête visant Pia Klemp porte sur les opérations du navire Iuventa, opéré par l’ONG allemande Jugend Rettet, qui revendique le sauvetage de 14 000 personnes en mer Méditerranée en 2016 et 2017. Pia Klemp n’est d’ailleurs pas la seule à être menacée de procès : au total, dix personnes ayant travaillé à bord du Iuventa sont concernées et encourent la même peine. Leur aventure a pris fin en août 2017, lorsque la justice italienne a saisi l’embarcation (un séquestre confirmé en avril dernier). Pia Klemp ne peut plus retourner en mer au large de l’Italie, sous peine d’être arrêtée et placée en détention.

L’équipage est accusé d’avoir à plusieurs reprises aidé et encouragé l’immigration illégale pour être allé porter secours à des migrants qui se trouvaient dans les eaux territoriales libyennes. Pia Klemp répond qu’elle n’a fait que respecter le droit maritime international, qui impose de porter secours à toute personne en détresse. Selon elle, le navire et plusieurs membres de l’équipage ont été mis sur écoute bien avant la saisie du navire. A l’époque, le gouvernement était dirigé par Paolo Gentiloni, du Parti démocrate, qui avait succédé à Matteo Renzi. Depuis, la politique migratoire italienne s’est encore durcie avec l’arrivée au pouvoir d’une coalition d’extrême droite réunissant la Ligue du Nord et le M5S.

«Si nous n’intervenons pas vite, il y aura un bain de sang»

Le mouvement autour de Pia Klemp prend de l’ampleur alors que les Etats européens délèguent à la Libye et ses prisons de l’horreur la tâche d’intercepter les embarcations de migrants, tout en accusant les navires humanitaires de «faire le jeu des passeurs» – en France, ce fut encore récemment le cas du ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner. Le travail des ONG s’en trouve considérablement complexifié. Au point que l’ONU a averti le 9 juin que le risque pour les migrants de mourir dans la Méditerranée n’a jamais été aussi élevé qu’aujourd’hui : d’une part en raison du faible nombre de bateaux désormais présents pour les aider, d’autre part à cause du regain de tensions en Libye, qui favorise les départs. «Si nous n’intervenons pas vite, il y aura un bain de sang en Méditerranée», a prévenu Carlotta Sami, porte-parole de l’agence pour les réfugiés de l’ONU, citée par le Guardian.

Selon l’ONU, 350 personnes sont mortes dans la traversée depuis le début de l’année, tandis que 1 940 atteignaient les côtes italiennes – soit un taux de mortalité de 15 %. 

 

 


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