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Source : Le Monde - Jérôme Gautheret - 27/6/2019

Le navire, qui dérivait depuis le 12 juin, a pris cette décision après que la CEDH a refusé, pour un motif de forme, d’intervenir en urgence. Matteo Salvini a dénoncé « une insulte au droit et aux lois ».

Le navire humanitaire Sea-Watch 3 a annoncé, mercredi 26 juin, qu’il forçait le blocus des eaux territoriales italiennes au large de l’île de Lampedusa pour débarquer les 42 migrants bloqués à bord depuis quatorze jours. « Ça suffit, nous entrons. Pas par provocation, mais par nécessité, par responsabilité », a annoncé l’ONG Sea-Watch sur Twitter.

« J’ai décidé d’entrer dans le port de Lampedusa. Je sais ce que je risque, mais les 42 naufragés à bord sont épuisés. Je les emmène en lieu sûr », a déclaré sur Twitter Carola Rackete, 31 ans, la capitaine allemande du navire. Les relevés des sites de trafic maritime confirment que le navire est entré dans les eaux italiennes à la mi-journée.

Le ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini (extrême droite), a aussitôt réagi en direct sur Facebook : « Nous ferons usage de tous les moyens démocratiquement permis pour bloquer cette insulte au droit et aux lois », a-t-il déclaré.

Il a déploré le « petit jeu politique sordide » de l’ONG, mais aussi l’indifférence affichée par les Pays-Bas, dont le Sea-Watch 3 bat le pavillon, et l’Allemagne, le pays de l’ONG. Les gouvernements de Berlin et La Haye « en répondront », a menacé M. Salvini.

En fin d’après-midi, mercredi, dans une vidéo diffusée par Sea-Watch, Carola Rackete explique que les autorités italiennes sont montées à bord du bateau pour contrôler les papiers du navire et les passeports de l’équipage. « Maintenant, ils attendent des instructions de leurs supérieurs. J’espère vraiment qu’ils vont évacuer les personnes secourues », déclare-t-elle notamment.

Requête rejetée par la CEDH

Le Sea-Watch 3, qui avait secouru les 42 migrants dans les eaux internationales, dérivait depuis le 12 juin dans le canal de Sicile, au large de Lampedusa, sans possibilité de débarquer nulle part.

Mardi 25 juin, la requête déposée par l’ONG auprès de la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) dans le but d’obtenir la désignation d’un port sûr en Italie a été rejetée, au motif que les personnes les plus vuilnérables avaient déjà été débarquées ces derniers jours. Dans sa décision, la cour enjoint également l’Italie à poursuivre son assistance humanitaire. Enfin, le bateau se trouvant dans les eaux internationales, la cour avait relevé que se pose la question de savoir si le Sea Watch se trouvait sous la responsabilité italienne.

Sans s’embarrasser de ces subtilités formelles, le ministre italien de l’intérieur, Matteo Salvini, s’est aussitôt appuyé sur cette nouvelle pour affirmer que ses choix politiques avaient obtenu le soutien de l’Europe. « La ligne d’ordre, de bon sens, de l’égalité et de justice de l’Italie est confirmée : les ports sont fermés aux trafiquants d’êtres humains et à leurs complices », a-t-il salué, à peine connue la décision de l’instance européenne.

Lire : « Salvini répète que les ports sont fermés, comment pourrait-il admettre qu’à Lampedusa, les migrants arrivent toujours ? »

Blocage absolu

Pour les passagers du Sea-Watch 3, la décision de la CEDH signifiait un retour au point de départ. Après le sauvetage de 53 personnes qui dérivaient sur un bateau pneumatique, les gardes-côtes libyens avaient intimé l’ordre au navire humanitaire de se diriger vers Tripoli.

L’équipage ayant refusé de suivre cette instruction, rappelant que celle-ci est contraire au droit international de la mer – il impose de débarquer les naufragés dans un « port sûr » –, le Sea-Watch 3, dont onze passagers ont été débarqués pour des raisons sanitaires et humanitaires, est dans une situation de blocage absolu, condamné à faire des ronds dans l’eau jusqu’à ce qu’une solution soit trouvée.

Or, pour l’heure, personne ne semble s’être saisi du problème, et les demandes de faire débarquer les naufragés, émanant du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ou de différentes ONG, ne rencontrent pas grand écho en Italie. Campant sur sa ligne d’absolue fermeté, Matteo Salvini a expliqué le fond de sa pensée lundi :

« L’Union européenne veut résoudre le problème “Sea-Watch” ? C’est facile. Bateau néerlandais, ONG allemande, la moitié des migrants à Amsterdam, l’autre moitié à Berlin. »

Lundi, l’archevêque de Turin avait proposé une sortie de crise en se disant disposé à accueillir les naufragés du Sea-Watch 3, « sans que cela ne coûte rien à l’Etat ». Il s’est aussitôt attiré une réponse sans appel du ministre de l’intérieur, sur son profil Facebook :

« Cher évêque, vous pourrez destiner l’argent du diocèse à 42 Italiens en difficulté. Les ports sont fermés pour qui ne respecte pas la loi. »

Lire aussi Retour à Lampedusa, théâtre des dissensions européennes

La jeune capitaine du Sea-Watch 3, Carola Rackete, et les responsables de l’ONG risquent désormais des poursuites pour aide à l’immigration clandestine, ainsi que la saisie du bateau et une amende de 50 000 euros, conformément à un nouveau décret de Matteo Salvini.

 

 


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