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Fermez les Centres de Rétention !

Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Les Cercle des Voisins du Centre de Rétention de Cornebarrieu a lancé cette pétition adressée à Emmanuel Macron (Président de la République française.)

 

Lire la lettre au Président      Signer la pétition

 

La Dépêche | 03/12/09

Algérien mais inexpulsable, il n'a aucun droit. Dans le dénuement le plus complet, il sollicite une régularisation humanitaire.


« Une fois, je me suis couché devant une voiture en plein milieu du Pont-Neuf, mais elle s'est arrêtée… Je ne veux pas rester toute ma vie comme ça. Sinon, je me jette dans le Tarn. On ne parlera plus de moi et cela fera un Arabe de moins en France. » Du courage, Nordine Djelida en a. Il l'assure. Mettre fin à ses jours, cela ne lui serait jamais venu à l'esprit. Mais cet Algérien de 43 ans ne sait plus comment sortir de l'impasse qu'est devenue sa vie. « C'est une situation sans solution. Il ne peut pas travailler et est à la rue. Un logement, sans ressources, il ne faut pas y penser. Il n'a plus aucune reconnaissance. Il est exclu de tout. Il faut entendre sa souffrance », appuie Philippe Brosset, directeur de l'association Aide et accueil en Albigeois. À la fois sans papiers et inexpulsable, car père d'un enfant français, Nordine Djelida n'a aucun droit, à part l'aide médicale d'État consentie aux étrangers en situation irrégulière.

Dans le dénuement le plus complet, il survit en faisant la manche à la sortie des messes, les samedis et dimanches, devant les églises de Saint-Joseph et Saint-Martin. « Je suis musulman, mais je tiens grâce à l'aide des chrétiens, à l'Entraide albigeoise et à deux frères épiciers avenue Colonel-Teyssier. J'ai honte, quand je me rappelle mes débuts. »

Remontons vingt ans en arrière : « J'étais greffier à la cour d'appel de Mostaganem. En 1990, les terroristes ont assassiné deux de mes collègues. J'avais un bon boulot. Il me fut facile d'obtenir un visa pour la France. Je ne suis jamais reparti », raconte Nordine.

En 1991, il s'est marié avec Djamila, une Albigeoise. Le couple a fait long feu, mais elle lui a donné un fils. De fin 1992 à la mi-94, Nordine a tenu une petite entreprise de maçonnerie. Débouté du droit d'asile, on a tenté de l'expulser mais il s'est rebellé dans l'avion. «Le commandant de bord a refusé de me prendre. Ce refus d'embarquer m'a valu un an de prison à Lyon. Pourtant, je n'ai jamais ni volé, ni trafiqué… Mon casier judiciaire est vierge. » C'était à l'époque où Charles Pasqua était ministre de l'Intérieur, à son tour condamné le 27 octobre dernier à un an ferme dans le procès de l'Angolagate. Nordine fait le rapprochement avec un certain sourire.

C'est un homme cultivé qui parle et écrit cinq langues : hollandais, anglais, arabe, français et allemand.

Son seul espoir, ce qu'il demande « au pays des droits de l'homme, c'est une régularisation humanitaire. Mon fils a besoin de moi », plaide-t-il, très fier d'Ali, « lycéen de 17 ans et footballeur à l'US Albi. Il est doué pour le sport comme son père. J'étais un musclé. Je courais. J'ai même fait le marathon d'Albi. » Il en entame un autre, cette quête du Graal des papiers. Il est venu à «La Dépêche», espérant «faire bouger, que les gens aient du cœur, que l'on me fasse ce cadeau de Noël: des papiers, enfin.»

Il dort dans un squat humide en plein secteur sauvegardé

« J'aimerais avoir mes clés, mon appartement… » Faute de réaliser ce rêve, Nordine Djelida est contraint de vivre dans des squats. Chassé de l'un par un incendie, le sans papier albigeois a trouvé un autre toit. C'est un bien grand mot. « Bienvenu dans mon trou », dit-il en ouvrant la porte très basse, il faut presque se mettre à quatre pattes pour rentrer. C'est un réduit désaffecté et humide, de quelques mètres carrés, plafond trop bas pour tenir debout. Juste la place d'un matelas et d'un duvet. « Je n'ai ni chauffage en hiver, ni eau, ni électricité, ni téléphone. Je m'éclaire à la bougie. » Le galetas est en plein secteur sauvegardé. Le contraste est saisissant avec les immeubles voisins, dans une ville bientôt classée au patrimoine mondial de l'Unesco.

À côté de la couche, des cannettes de bière. Nordine le reconnaît : il est devenu alcoolique. « C'est la rue qui m'a fait boire », dit-il. L'alcool, comme un remède, pire que le mal : « Il faut le comprendre : quand il n'y a plus de vision, plus d'avenir, plus rien, c'est difficile de tenir », dit Philippe Brosset au Colibri où Nordine va tous les jours boire un café et se loger. Il a perdu ses dents et faute de CMU, il ne peut pas les faire soigner. Aide et accueil en Albigeois le reçoit, mais ne peut rien faire de plus. Avant de faire entrer Nordine dans un processus de réinsertion pour « remonter un peu la pente », en commençant par quelques soins, il lui faut d'abord des papiers.

 

 


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