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Source : Le Monde - Sandrine Morel - 7/10/2019

Alors que se tient mardi au Luxembourg un Conseil européen lors duquel les ministres allemands, français, italiens et maltais doivent soumettre leur préaccord de répartition automatique des migrants débarquant en Méditerranée centrale, l’Espagne demande voix au chapitre.

Dans son bureau du Paseo de la Castellana, en plein cœur de Madrid, le ministre de l’intérieur espagnol, Fernando Grande-Marlaska, n’en démord pas : « Nous ne demandons pas de l’aide, ce n’est pas le mot : nous demandons que l’Union européenne comprenne que la question des migrants, peu importe par où ils entrent en Europe, est de la responsabilité de l’ensemble des pays. »

Alors que se tient mardi 8 octobre au Luxembourg un Conseil européen « justice et affaires intérieures » lors duquel les ministres allemands, français, italiens et maltais devaient soumettre leur préaccord de répartition automatique des migrants débarquant en Méditerranée centrale (à Malte ou en Italie), l’Espagne demande voix au chapitre.

Comme la Grèce, elle n’a pas pris part à la réunion de Malte qui a esquissé le compromis, le 24 septembre. L’objectif initial de la rencontre était de trouver une solution à la fermeture des ports italiens par l’ex-ministre de l’intérieur, Matteo Salvini (Ligue, extrême droite), mais il s’agit maintenant d’accompagner leur réouverture par la nouvelle coalition – Mouvement 5 étoiles/Parti démocrate – au pouvoir à Rome.

« L’ensemble de la Méditerranée et des migrants doivent faire l’objet d’un traitement identique et unique, explique M. Grande-Marlaska. Que les sauvetages aient lieu en Méditerranée occidentale, centrale ou orientale, par des ONG ou des services de sauvetage public comme ici, ce sont les mêmes migrants, qui viennent des mêmes pays et ont été victimes des mêmes mafias. Et les frontières qu’ils franchissent ne sont ni d’Espagne, ni d’Italie, ni de Grèce mais d’Europe. »

Travail de fond avec le Maroc

En 2018, l’Espagne était redevenue le premier pays d’arrivée de migrants par mer, avec 60 000 personnes secourues sur les côtes andalouses. Depuis début 2019, 23 000 migrants y ont encore débarqué, soit une baisse 45 % par rapport aux neuf premiers mois de 2018, essentiellement du fait d’une intense collaboration avec le Maroc. « En plus de l’aide qu’apporte l’UE, nous travaillons contre les mafias avec des équipes conjointes d’investigation, des échanges d’information ou des patrouilles mixtes mêlant des forces de l’ordre espagnoles et marocaines », souligne M. Marlaska.

L’Espagne a en outre accueilli près d’un millier de migrants sauvés en Méditerranée centrale que l’Italie refusait de prendre en charge. Autant dire que Madrid se considère irréprochable en matière de gestion du défi migratoire et espère bien en jouer pour faire entendre sa position. « Personne ne sauve plus de vies en mer que l’Espagne actuellement », résume le ministre :

« On ne se plaint pas continuellement : nous sommes un pays sérieux qui respecte ses obligations internationales en matière de sauvetage en mer. Cependant, nous avons exposé à plusieurs reprises la nécessité d’une politique migratoire commune fondée sur les principes de responsabilité et de solidarité. »

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Cela fait trois ans que Madrid plaide pour réformer et modifier le règlement de Dublin, selon lequel les demandes d’asile doivent être traitées par le premier pays d’accueil des migrants et réfugiés.

Très critique avec le groupe de Visegrad

« La régulation ne doit pas établir de limites absolues aux mouvements secondaires, car cela signifie dans les faits que l’Espagne, l’Italie et la Grèce devraient assumer de manière indéfectible presque tous les migrants qui entrent en Europe. Ce n’est pas tenable », estime le ministre espagnol, très critique avec la position des pays du groupe de Visegrad (la Hongrie, la Pologne, la République tchèque et la Slovaquie), qui « refusent toute responsabilité et solidarité, tout comme certains pays du Nord de l’Europe », mais aussi en désaccord avec « les pays qui veulent éviter les mouvements secondaires, c’est-à-dire que les migrants franchissent les frontières internes de l’UE ».

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Des tensions ont d’ailleurs eu lieu en 2018 à la frontière basque entre l’Espagne et la France, les policiers français raccompagnant les migrants irréguliers qui traversaient côté espagnol parfois sans formalité ni garantie juridique. « La question est réglée », assure-t-on au ministère. En mars, la Cour de justice de l’Union européenne a statué que les contrôles frontaliers rétablis pour lutter contre le terrorisme ne pouvaient pas être utilisés pour refouler des migrants illégaux.

« La France et la Belgique s’inquiètent des mouvements secondaires parce que beaucoup de migrants sont francophones, souligne M. Marlaska. Mais il rentre aussi en Espagne beaucoup de migrants irréguliers latino-américains arrivés via des aéroports français, belges ou néerlandais. »

L’Espagne est devenu le troisième pays d’Europe en nombre de demandeurs d’asile, avec plus de 80 000 demandes présentées depuis le 1er janvier, en majorité de personnes originaires du Venezuela, de Colombie ou du Honduras.

« Il faut débloquer dans le cadre du prochain plan financier pluriannuel 2021-2027, une aide réelle de coopération et collaboration au développement en Afrique, dont la population va doubler d’ici à 2050 », estime le ministre, qui plaide aussi pour des « aides structurelles et continues avec les pays de transit comme le Maroc ».

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« Il faut que les pays d’origine puissent offrir des perspectives de développement et de croissance aux jeunes, » conclut M. Marlaska.

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