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Source : Le Monde - Patrick Roger - 22/10/2019

Mayotte au cœur du voyage de Macron la question de limmigration
Sur l’île, que le chef de l’Etat visite mardi, près d’un habitant sur deux est de nationalité étrangère, et ce déséquilibre s’est encore accru depuis 2012.

Emmanuel Macron, accompagné de six membres du gouvernement, entame mardi 22 octobre un déplacement de quatre jours dans les îles françaises de l’océan Indien, qui le mènera de Mayotte à La Réunion en passant par une brève escale à la Grande Glorieuse, l’une des îles Eparses, objets d’un litige avec Madagascar sur la souveraineté de l’archipel. Aucun chef d’Etat français ne s’y était rendu auparavant.

Au cœur du voyage présidentiel à Mayotte, la question de l’immigration. Près d’un habitant sur deux est de nationalité étrangère. A Mamoudzou, la préfecture, ce taux approche les 60 %. Une situation qui pèse lourdement sur la situation démographique, économique et sociale du département. Le déséquilibre s’est encore accru entre 2012 et 2017. Le déficit migratoire des natifs de Mayotte a presque doublé par rapport à la période 2007-2012, du fait des départs, notamment de jeunes, vers La Réunion ou la métropole, en raison de l’insuffisance des structures scolaires, universitaires ou sanitaires.

Sur la même période, le solde migratoire des natifs de l’étranger a été multiplié par dix. Certains vont jusqu’à évoquer la crainte d’« un grand remplacement » de la population. Aux élections européennes de mai, le Rassemblement national (RN) a obtenu 46,1 % des suffrages à Mayotte.

Demandeurs d’asile venus d’Afrique

« Mayotte est confrontée à un double défi migratoire, explique Julien Kerdoncuf, sous-préfet chargé de la lutte contre l’immigration clandestine. Le flux traditionnel en provenance des Comores et, maintenant, un flux venant de la région des Grands Lacs – Burundi, Congo ou Rwanda –, fortement dynamique, qui double pratiquement chaque année. »

Ainsi, le nombre de demandeurs d’asile en provenance d’Afrique est passé de moins de 100 en 2014 à près de 1 000 depuis le début de l’année. « Mayotte est en train de devenir une nouvelle voie d’accès vers l’Europe », souligne un haut responsable, ce qui inquiète au plus haut point les autorités françaises.

C’est un des volets de l’accord-cadre signé le 22 juillet entre le président de la République et son homologue comorien, Azali Assoumani. Tandis que la France s’est dite prête à augmenter de 150 millions d’euros son aide au développement des Comores, celles-ci s’engagent à lutter contre l’émigration illégale, en contrôlant les mouvements vers Mayotte et en intervenant sur les ateliers de fabrication de kwassa-kwassa, les embarcations traditionnelles, qui y concourent.

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Pour l’instant, reconnaissent à mi-mot les responsables de cette lutte, il n’y a pas vraiment de résultats constatés. En juillet, une opération symbolique a bien été lancée par Moroni sur des ateliers de kwassa-kwassa pour montrer sa bonne volonté ; mais elle a failli tourner à l’émeute.

La France a donc largement renforcé ses moyens maritimes, terrestres, aériens ou d’écoute, mais elle s’est aussi attaquée en profondeur à l’« écosystème de l’immigration clandestine ». « C’est une guerre décisive. On nous a donné les moyens, nous avons une obligation de résultats. Pour la population mahoraise, c’est essentiel », reconnaît l’un de nos interlocuteurs.

Les élus sont sous la pression du collectif des citoyens de Mayotte, porte-parole du mouvement social du printemps 2018.

Les élus sont sous la pression constante du collectif des citoyens de Mayotte, porte-parole du mouvement social du printemps 2018, qui a perdu depuis de sa représentativité, mais qui reste actif. Il appelle les Mahorais à s’habiller en blanc – symbole de deuil – à l’arrivée du président de la République, pour protester contre l’insuffisance des réponses apportées à la « poudrière » mahoraise.

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Dans ce contexte extrêmement tendu, l’Etat doit apporter des gages d’efficacité dans sa « guerre » contre l’immigration illégale, tout en se préservant des critiques des associations de soutien aux migrants, qui dénoncent « un Etat de non-droit ». « Nous voulons être d’une rigueur absolue par rapport à la loi, se défend un représentant de l’Etat. Ça n’empêche pas de faire des boulettes, mais c’est infinitésimal. »

Reste que, par rapport à son voisin comorien, où le revenu mensuel moyen est de 80 euros par mois, Mayotte, même si plus de 80 % de sa population vit sous le seuil de pauvreté, « brille comme un diamant dans l’océan Indien ».

 

 

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