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Source : Cronique du CRA de Paris-Vinncennes - 4/12/2019

1 - Témoignages de retenus à propos de la mort du jeune Tunisien de 19 ans mort le 8 novembre au CRA 2B de Vincennes

 

Le centre a communiqué sur ce décès en signalant l’ouverture d’une enquête. Contrairement aux témoignages recueillis auprès de retenusla dépêche de l'AFP ne fait état que d'un mélange de médicaments et de stupéfiants.

Le retenu partageant la même chambre que le jeune Tunisien a confirmé cet usage désespéré (et assez courant en rétention) de médicaments, qui, rappelons-le, sont largement délivrés par l'infirmerie du CRA, mais quoiqu'il en soit, mourir dans un centre de rétention à 19 ans n'est pas exactement un accident dû au hasard !

Les témoignages recueillis par téléphone dénoncent les violences policières au CRA et expliquent que ce jeune de 19 ans est mort par « suites des coups portés par des policiers qui l’avaient convoqué au coffre ». Le coffre est le lieu où les retenus doivent déposer les objets qu’ils ne peuvent garder à l’intérieur du CRA (téléphone avec caméra, argent, documents…) mais surtout lieu où il n’y a pas de caméra ! Ils affirment que se font là, les tabassages que s’autorisent certains policiers, sans témoin et sans preuve… De façon générale, les policiers évitent d’entrer dans les locaux intérieurs du CRA, la surveillance se fait par caméras. Ils n’entrent que lorsqu’il y a des bagarres entre retenus ou pour emmener ceux qui sont expulsés à l’aéroport.

 

Ils n’ont pas compris pourquoi les policiers avaient frappé ce jeune Tunisien car il était calme et sans histoires mais ils ne  sont pas étonnés car, disent-ils certains policiers font de la provocation... Des retenus auraient vu le retour de la victime, en mauvais état, avec des problèmes à la gorge. Le compagnon de chambre du jeune Tunisien a signalé au matin, aux policiers qu’il respirait très mal et a demandé qu’ils appellent les secours, mais les pompiers ne seraient venus que 2h plus tard… trop tard, puisqu’ils ne sont pas arrivés à le réanimer. Les autres retenus ont été obligés de sortir. Le médecin l’aurait examiné mais sans mettre en cause les coups, choquant les retenus qui estiment qu’il n’est pas sensible à leurs problèmes.

 

Une vidéo aurait été prise à partir d’un téléphone clandestin et circulerait à l’extérieur. Mais l’auteur de la vidéo a été depuis expulsé vers la Tunisie. 

 

Un grand nombre de retenus du CRA B2 auraient déposé des déclarations auprès de l’Assfam (l'association présente au CRA qui apporte une aide juridique aux retenus) pour transmission au Procureur de la République. En effet, les retenus ne peuvent déposer plainte directement, à moins d’être accompagnés par des policiers du CRA auprès d’un officier de police judiciaire dans un commissariat ou au CRA s’il se déplace… On comprend que c’est quasi impossible surtout quand c’est pour porter plainte contre des comportements d’autres policiers ! Quand cela se fait, c’est pour des plaintes contre d’autres retenus. Il en résulte l’opacité de ce qui se passe réellement à l’intérieur de ces lieux de privation de liberté. Les incidents sont très nombreux, souvent violents. Mais la très grande majorité des retenus n’ont pas les moyens de payer un avocat : ils ne disposent seulement de l’avocat nommé d’office qui prend connaissance de leur dossier souvent quelques minutes avant l’ouverture de l’audience : celle du juge administratif qui étudie la validité de l’OQTF délivrée par la Préfecture et de la mise en rétention, et celles du JLD évaluant  les conditions du contrôle d’identité, de la GAV pour étrangers et de la durée de rétention. Ce dernier peut se prononcer jusqu’à 4 fois au cours d’une rétention  de 90 jours  (2+28+30+15+15jours)

 

Pourtant les échos des violences récentes ont dû parvenir au Contrôleur des lieux de privation de liberté car une enquête a été diligentée du 10 au 12 novembre, des retenus ont pu être entendus sans témoins (Affichage notamment dans le parloir). Cet organisme peut en effet « enquêter sur le respect des droits fondamentaux des prisonniers, en particulier leur droit à la vie, à l’intégrité physique et psychique, droit à ne pas être soumis à des traitements inhumains dégradants », notamment dans les centres de rétention administrative pour les étrangers. Mais il ne peut que faire des recommandations pour faire changer les pratiques. Son rapport est un outil de référence car il se fait l’écho des points de vue des retenus, des personnels, mais aussi d’organisations extérieures.

 

Il ne peut que constater la violence intrinsèque à ce type de lieux : en plus du sentiment d’être injustement condamnés, alors « qu’ils n’ont rien fait de mal », comme ils le répètent inlassablement, les retenus ressentent dramatiquement les conditions d’enfermement : la rétention est génératrice d’une formidable anxiété, surtout dans les premiers jours. Celle-ci se conjugue à leur impuissance face à la machine répressive qui broie leurs espoirs de migration et mène leur vie dans une série d’impasses. Toutes les possibilités de recours exploitées par les avocats pour limiter les expulsions, ont été systématiquement colmatées par des réformes successives de plus en plus répressives, de plus en plus éloignées du droit commun. Cela les conduit à demander au médecin des médicaments pour supporter l’incertitude de leur sort et pour dormir, la nuit redoublant l’angoisse ressentie.

Au CRA de Vincennes les médicaments, relaxants et sédatifs semblent abondamment prescrits pour assurer un calme relatif dans les lieux. Les retenus citent Valium, Tercian, Tramadol (un opiacé) etc… Certains soutiennent qu’ils sont sciemment prescrits à ceux qui ont un « vol caché » pour empêcher les résistances ou les mutilations destinées à retarder l’échéance.

 

La durée de la rétention portée à 90 jours permet encore plus qu’avant de développer une vraie dépendance à ces produits, celle-ci pouvant se conjuguer parfois à d’autres addictions antérieures ou futures. Après les désastres de la rue, où sont conduits les sans papiers qui n’arrivent plus à maintenir leur réseau de solidarités, la rétention contribue donc à détruire la santé de jeunes gens arrivés en pleine forme en Europe. Parfois jusqu’à la mort, comme le prouvent les deux décès enregistrés au CRA de Vincennes au cours de l’année 2019 ; Le 19 août, un jeune Roumain, entré depuis quelques jours, est trouvé mort dans son lit, tandis que le 8 novembre, le  jeune Tunisien tabassé n’a pu être réanimé… Mourir à 19 ans dans un CRA n’est pas exactement un accident dû au hasard !

 


2 -  Un hommage a été rendu au jeune Tunisien par les retenus du CRA 2B. En voici le témoignage publié par le site À BAS LES CRA / À BAS L'ENFERMEMENT qui relaie tous les témoignages et paroles qu'ils peuvent recueillir à l'intérieur du CRA.

 

  « Quand on a su pour le jeune Mohammed, on a voulu lui faire un hommage, un genre une prière avec tout le monde. Au début on a demandé le pardon tout ça comme le veut la tradition islamique, et après on est allés voir tout le monde de toutes les religions et ceux qui n’ont pas de religion.    On a dit : on va faire un hommage symbolique dans la cour et on a vu que tout les prisonniers étaient d’accord, c’était avec plaisir pour eux. On a dit à midi tout le monde va chercher son ticket pour le restaurant et avant qu’il parte au restaurant pour manger il faut qu’il monte vers la cour comme ça il vient pour faire une prière, un hommage symbolique pour lui.    Comme ça fait un message pour les responsables ici, parce que cette histoire elle pourrait arriver à n’importe lequel d’entre nous. On a fait une petite prière debout, il y a un gars qui a lu un peu du coran et après il y a un demandé à un monsieur âgé il a 65 ans, il est d’origine de Russie, il est là, il est chrétien, il a fait un peu de prière avec la bible.    La police ils ont remarqué, ils sont venus ils ont dit « qu’est ce que vous préparez ? qu’est ce que vous préparez ? » ils voyaient qu’on va faire quelque chose de casse mais c’était juste un symbole pour le jeune tunisien et ça s’est passé tranquille après on a repris la normale.»

 

 


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