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Source : Mediapart - Damien Careme - 17/12/2019

Ce mercredi 18 décembre, c’est la Journée Internationale des Migrants de l’ONU en même temps que la clôture, à Genève, du premier Forum Mondial des Réfugiés de l’UNHCR. Et c’est, pour moi, l’occasion de dire à Emmanuel Macron combien j’ai honte pour mon pays, incapable d’accueillir dignement les chercheur-se-s de refuge.

Monsieur le Président,

J’ai honte pour mon pays, incapable d’accueillir dignement les chercheur-se-s de refuge. J’ai honte de notre Europe, complice d’une grave crise humanitaire sur les îles grecques.

Alors que l’hiver approche, plus de mille enfants vivent dans des conditions inhumaines sur ces îles proches de la Turquie, manquant d’abri, de nourriture, de soins médicaux, de sanitaires. Certains ont récemment tenté de se suicider. Une situation abominable dans un décor de carte postale ; le sombre de l’humanité sur le continent des Lumières.

Ces camps financés par l’Union européenne pour « accueillir » les demandeurs d’asile aux frontières extérieures sont le théâtre régulier de violations des droits humains. Les « hotspots » grecs sont surpeuplés : plus de 46 000 personnes pour une capacité normale de 8 000 personnes. Beaucoup doivent attendre 2021 dans des conditions inhumaines, simplement pour un rendez-vous pour leur demande d’asile. D’autres encore n’ont même pas cette opportunité - en réalité un droit fondamental -, en raison de refoulements illégaux à la frontière gréco-turque.

Face à l’indifférence quasi-généralisée, les associations humanitaires et les populations locales s’efforcent tant bien que mal de sauver l’honneur de notre Union Européenne. Pourtant, même ces héros et héroïnes ordinaires se voient entravé.e.s dans leurs activités par les autorités. En Grèce comme en France, ils.elles sont régulièrement arrêté.e.s et poursuivi.e.s pour des motifs fallacieux alors qu'ils.elles ne font que remplir un devoir humain et moral : celui de la solidarité, devenu un délit. 

Monsieur le Président, l’hiver arrive ; le temps de la responsabilité doit venir. Il est possible, et souhaitable, d’accueillir plus et mieux.

Avec un brin de solidarité, la crise humanitaire sur les îles grecques peut cesser. La France doit accueillir d’urgence des enfants non-accompagnés en détresse sur les îles grecques, prisonniers d’un système inhumain. Le Ministre grec a récemment sollicité les gouvernements des États membres en ce sens ; il n’a reçu qu’une seule réponse....du Portugal. Pourtant, la France s’était engagée à accueillir 19 714 demandeurs d'asile depuis la Grèce et l'Italie sur deux ans ; elle n'a rempli que 25,5 % de ses engagements.

Monsieur le Président, je ne vous demande pas d’accueillir toute la misère du monde. D’ailleurs, personne ne vous le demande. Face aux fantasmes d’invasion - souvent agités à dessein - ou aux théories fumeuses de « l’appel d’air », quelques faits et chiffres sont éclairants.

Tout d’abord, 4 réfugiés sur 5 le sont dans un pays en développement voisin de celui qu’ils ont fui. Quant à l’Europe, c’est quelque 2 millions de demandes d’asile qu’elle a enregistrées depuis 2015, soit à peine 0,3% de sa population. Un chiffre dérisoire par rapport à d’autres régions du monde et alors que le nombre d’arrivées a récemment diminué pour revenir à des taux proches de ceux d’avant 2015. En France enfin, ce sont 388 313 demandes d’asile qui ont été déposées depuis 2015, pour 152 633 octroyées, soit respectivement 0.58% et 0.23% de la population française. 

La réalité n’est donc pas celle d’une crise migratoire, mais bien d’une crise de l’accueil. D’une faillite de la solidarité européenne.

Monsieur le Président, à l’heure de la Journée Internationale des Migrants et alors que le 1er Forum Mondial pour les Réfugiés s’achève, je vous demande d’accroître et d’améliorer l’accueil et l’accompagnement des chercheur.se.s de refuge et notamment des enfants, chez nous en France. Je vous demande de répondre aux appels à la solidarité du gouvernement grec en acceptant de tendre la main à des enfants en détresse. Je vous demande enfin de porter au niveau européen une réforme en profondeur du système de Dublin, aussi injuste qu’inefficace car il impose aux pays de première arrivée la responsabilité du traitement des demandes d’asile. Ce système est responsable de la crise humanitaire actuelle sur les îles grecques. Il est temps de le changer pour un régime de solidarité et d’humanité.

Monsieur le Président, vous avez été élu face à l’extrême-droite avec un discours empreint d’humanisme et d’apaisement. Je vous demande de rendre à ce discours la substance qu’il mérite. Je vous demande, en somme, de redonner un peu de fierté aux valeurs qui habillent le fronton de nos Mairies.

Damien CAREME
Député européen Verts-ALE
Ancien maire de Grande-Synthe (2001-2019)

 

 


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