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La Dépêche | 22 juin 2010

En Lot-et-Garonne les militants de Réseau éducation sans frontière cachent des étrangers sans-papiers en attente de régularisation. Une vie clandestine et illégale, dans l'angoisse, pour hébergés et hébergeants.

Quelque part en Lot-et-Garonne, un jour de printemps 2010. Une maison isolée, au milieu de la campagne.

C'est ici que vivent depuis 15 jours Arturo, 37 ans, Armine, 27 ans et leurs deux filles, Chuchana (dite Chouchou), 16 mois et Lianna, 3 mois. Ils sont Arméniens et sans papiers, en France depuis bientôt deux ans. Au moment des présidentielles de 2008, Arturo a été placé en garde à vue dans son pays pour avoir organisé des réunions politiques. Relâché, montré du doigt, menacé d'être jeté en prison, il a décidé de vendre son magasin, la plupart de ses biens et de fuir sa patrie avec son épouse, laissant derrière eux racines, famille et amis. « On a payé un passeur pour venir en Europe », glisse doucement Armine. « On est allé en camion jusqu'en Russie. Après on a tout fait : bus, trains… Et on est arrivé à Agen, par hasard… »

Arturo ne s'attendait pas à ce qu'on les accueille à bras ouverts. Mais pas non plus à devoir vivre en se cachant : « Pour moi la France était le pays des Droits de l'Homme… » Il souffle, laisse tomber ses bras, a le sourire triste, les yeux las. Après une année au centre d'accueil des demandeurs d'asile, leur dossier est refusé, une obligation de quitter le territoire délivrée à leur encontre. Arturo et Armine, qui a accouché en France, ne peuvent pas rentrer en Arménie (« ça serait dangereux pour nous ») et veulent s'offrir une vie meilleure. Avec l'aide de citoyens Français, ils choisissent de se cacher en attendant que leur dossier aboutisse. Depuis un an, le Réseau éducation sans frontière (Resf) organise leur hébergement, clandestinement. Les Arméniens, sont dans l'illégalité, sans autorisation de séjourner en France. Les Français qui les aident, aussi, sous le coup du « délit de solidarité ».

Chouchou vient de se réveiller de la sieste. Elle berce le cosy où gazouille sa petite sœur. La petite fille d'un peu plus d'un an ne joue avec personne. « Ils restent ici tout le temps », explique Claude, chez qui ils vivent. « Ils sont dans une prison ouverte mais en prison quand même. Ils se cachent quand je reçois des gens, vivent dans l'angoisse d'être arrêtés n'ont pas de projets. » Armine renchérit : « C'est dur pour les enfants. Quand on arrive dans une maison qu'elles ne connaissent pas, elles dorment mal. Elles ont peur de ceux qui nous accueillent. Et quand elles commencent à s'habituer aux lieux, aux visages, on doit s'en aller. » Arturo souffre de plus en plus de vivre chez les autres et Claude, comme Michèle avant elle, conseillère municipale d'un village lot-et-garonnais, qui a gardé chez elle la famille près de 6 mois, souffre de les « voir souffrir en silence ». « On doit beaucoup aux hébergeants. Ils sont comme notre famille maintenant », murmure Arturo.

Un nouveau toit chaque 15 jours, pour ne pas éveiller les soupçons des voisins, attirer l'attention des gendarmes. Claude fulmine : « Arturo sait tout faire, il est vaillant, a une promesse d'embauche en CDI. Ils sont remarquablement intégrés, ont tous les deux appris à parler français en deux ans, alors qu'ils ne parlaient pas un mot en arrivant. Leurs enfants sont nés en France. Et on veut les renvoyer chez eux ? Dans quel pays vit-on ? On parle de peur, de réseau, de clandestins, de cacher des enfants… ça rappelle de biens mauvais souvenirs. »

Quand on demande de quoi ils ont besoin, Arturo et Amine secouent la tête : « De rien. On a appris à vivre avec le minimum, on ne peut pas se charger trop. Si demain on doit s'en aller, ça doit tenir dans une voiture. »

Pour protéger les protagonistes de ce reportage, certains prénoms ont pu être modifiés.

 

 

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