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L'Humanité | 25/01/2011

 

Victimes de contrôles discriminatoires, les immigrés retraités ne peuvent retourner vivre dans leur pays.

 

De vieux messieurs très dignes. Sur la place Saint-Étienne à Toulouse, ils déploient des banderoles : «Arrêt des contrôles discriminatoires des chibanis». Le terme est plutôt affectueux : «chibanis» pourrait se traduire par «les anciens» ou «ceux qui ont des cheveux blancs». Longtemps, ces travailleurs immigrés venus d’Afrique du Nord sont restés silencieux. Aujourd’hui, à l’âge de la retraite, ils revendiquent le droit de vivre où bon leur semble, de rester auprès de leur famille demeurée en Algérie, au Maroc ou en Tunisie. Et de ne plus subir ces contrôles inopinés où il leur est demandé de présenter passeport et déclaration de revenus…

Depuis 2007, une circulaire oblige ces travailleurs immigrés à la retraite à demeurer au moins six mois et un jour en France, sous peine de perdre leurs maigres ressources versées par la Carsat (caisse d’assurance retraite et de santé au travail, ex-Cram) ou la MSA (Mutualité sociale agricole). Ainsi, après avoir travaillé trente ou quarante ans en France, ils ne peuvent disposer comme ils veulent de leurs vieux jours. De son côté, la caisse d’allocations familiales impose des conditions encore plus draconiennes et exige huit mois par an de présence en France pour continuer à verser l’aide personnalisée au logement.

La circulaire de 2007 n’a fait l’objet d’aucune information et quand sont survenus les premiers contrôles dans les foyers de travailleurs immigrés (à Toulouse, en juin 2009), les chibanis ignoraient ces dispositions. Comme si un piège avait été mis en place. Les contrôleurs des organismes sociaux effectuent des redressements concernant les trois dernières années. Les immigrés retraités sont ainsi sommés de rembourser des milliers d’euros. Hier à Toulouse, les chibanis et leurs amis étaient rassemblés devant la Carsat et à quelques mètres de la préfecture. « La plupart des chibanis sont arrivés en France dans les années 1960, alors qu’il y avait un fort besoin de main-d’œuvre, explique Adil El Aoufi, qui travaille dans un foyer. Ils occupaient les emplois que ne voulaient pas les autres : dans le bâtiment, les usines ou dans l’agriculture… » Plusieurs d’entre eux ont hier interprété une saynète, jouant leur propre rôle : ouvriers sur un chantier, marteau-piqueur en main. Un chibani est venu raconter que vendredi dernier, convoqué à la Carsat, il n’a pas pu montrer sur le champ ses relevés de compte bancaire et se trouve menacé de perdre une partie de sa pension. Pour Salah Amokrane, du collectif Justice et dignité pour les chibani(a)s, « ces contrôles ciblés dans les foyers de travailleurs immigrés sont racistes et discriminatoires ». La Halde, pour qui ces contrôles sont illégaux, en a jugé de même.

 

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