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Fermez les Centres de Rétention !

Face à la crise sanitaire, l’enfermement administratif des personnes étrangères doit immédiatement cesser

Les Cercle des Voisins du Centre de Rétention de Cornebarrieu a lancé cette pétition adressée à Emmanuel Macron (Président de la République française.)

 

Lire la lettre au Président      Signer la pétition

 

Source : InfoMigrants - Charlotte Oberti - 3/11/2020

Ils n'étaient jamais allés si loin, n'avaient jamais pris l'avion, ne connaissaient pas l'Amérique du sud. Originaires de Syrie, Oum Majd, Mohamed et Omran sont tous passés par le Liban et le Brésil pour rejoindre la Guyane et ainsi demander l'asile en France. Un détour de plusieurs milliers de kilomètres qu'ils jugent "moins dangereux" que la traversée de la Méditerranée.

Aller en Amérique du sud n'avait jamais fait partie des plans d'Omran Solimane. Ce n'est qu'après que son oncle, exilé comme lui au Liban, a échoué pour la troisième fois dans sa traversée de la Méditerranée pour rejoindre l'Allemagne, en se faisant intercepter par l'armée libanaise, que le jeune homme de 23 ans s'est résolu à envisager d'autres options.

Le passage par la Grèce, où s'entassent des dizaines de milliers de migrants, et le parcours du combattant de la route des Balkans, jalonné de frontières sous haute sécurité, ont vite été rayés de la liste. "Ma famille et moi avons entendu parler de la route vers la Guyane en 2017", raconte Omran Solimane, ancien enfant du camp de réfugiés palestiniens de Yarmouk, à Damas.

"Un de nos proches avait réussi à obtenir des papiers là-bas", dit-il, assis sur la terrasse d'un pavillon en banlieue de Cayenne. Via le Brésil, qui délivre des visas humanitaires aux Syriens fuyant les conflits dans leur pays, ce territoire français d'outre-mer apparaissait soudain comme accessible. Le passage vers l'Europe pouvait ainsi se faire non pas par la mer mais par la forêt tropicale. Le projet était né.

Aîné de sa fratrie, Omran Solimane, réfugié syrien de 23 ans, est parti seul pour la Guyane fin 2019. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants
Aîné de sa fratrie, Omran Solimane, réfugié syrien de 23 ans, est parti seul pour la Guyane fin 2019. Crédit : Dana Alboz/InfoMigrants

 

Cette route migratoire vers la France par la porte guyanaise est empruntée depuis plusieurs années mais elle connaît une fréquentation en hausse depuis un an, selon plusieurs acteurs associatifs qui ne s'en expliquent pas les raisons. Lors du premier trimestre 2020, chaque mois, entre 150 et 300 Syriens ont déposé une demande d'asile en Guyane, selon la Cimade. L'option est tortueuse - la majorité des migrants voulant s'implanter à terme en métropole - et coûteuse.

Avions, taxi, bus, taxi, pirogue

Le prix du voyage - 1 200 euros - a d'ailleurs empêché la famille d'Omran Solimane d'envisager un départ groupé. Il fut décidé que les quatre frères et sœurs d'Omran, ainsi que ses deux parents, resteraient dans le camp de réfugiés de Nahr el-Bared, près de la ville de Tripoli au Liban, où ils sont relégués au banc de la société. Seul lui, en tant qu'aîné de la fratrie, embarquerait dans l'avion. Trois ans furent nécessaires pour collecter la somme d'argent, notamment auprès de proches, et concrétiser le départ.

Les récits de ces Syriens qui ont traversé la moitié de la terre pour atteindre leur but se ressemblent à peu près tous : exil au Liban, rêve d'Europe, "peur" de traverser la Méditerranée, longs préparatifs pour aller en Guyane, départ pour le Brésil... Mohamed Mardini, 27 ans, Syrien passé par Tyr, au Liban, n'a de son côté pas laissé la chance au hasard. "J'ai étudié la route pendant cinq mois", explique-t-il.

Sur Internet, il a repéré le chemin jusque dans les moindres détails : arriver à Sao Paulo, prendre un vol pour Brasilia, un autre pour Macapà, située à environ 600 kilomètres de la frontière guyanaise, puis un taxi, un bus et un autre taxi pour rallier la ville d'Oiapoque, à l'extrême nord du pays.

Les étapes des migrants venus du Moyen-orient en Amérique du sud.
Les étapes des migrants venus du Moyen-orient en Amérique du sud.

 

Il dit aussi dans un sourire avoir dû préparer le terrain auprès de sa mère, restée en Syrie, pour qu'elle accepte de le voir partir si loin. Comme si l'exil qu'il avait débuté quatre ans plus tôt prenait tout à coup un sens nouveau. "Elle disait qu'au Liban, j'étais plus proche d'elle", rapporte-t-il, précisant qu'il n'a plus vu sa famille depuis son départ de Syrie. Mais impossible pour lui de rester dans ce pays d'accueil où il était victime de "racisme" et empêché dans ses ambitions, notamment celle de poursuivre des études supérieures. Un billet d'avion est pris pour fin 2019, après Noël.

Mohamed Mardini entre également en contact avec un Brésilien trouvé sur Internet qui accepte de le 'parrainer' pour son visa humanitaire, contre 100 euros. "Au début je me méfiais de lui, mais ça s'est bien passé", dit-il.

"Et je fais quoi au Brésil ? Je joue au foot ?"

L'idée de passer par le Brésil en avait initialement fait rire certains. Oum Majd, mère de 10 enfants âgés de 6 à 26 ans, se souvient s'être moquée de cette proposition faite il y a plusieurs années par son neveu alors qu'elle vivait à Tripoli, au Liban : "Je lui avais répondu : 'Et je fais quoi une fois au Brésil ? Je joue au foot ?'"

De la Syrie à la France métropolitaine via la Guyane, un détour de milliers de kilomètres.
De la Syrie à la France métropolitaine via la Guyane, un détour de milliers de kilomètres.

 

Un jour de décembre 2019, Oum Majd, originaire de la région syrienne d'Idleb, s'est pourtant elle aussi retrouvée à Oiapoque, en compagnie de son mari et de neuf de ses enfants. Cette quadragénaire savait alors quoi faire : prendre une pirogue et franchir la rivière du même nom, Oyapock, frontière naturelle entre le Brésil et la Guyane. Un ultime obstacle pour cette famille épuisée par six années au Liban, pendant lesquelles les enfants ont vendu des objets à la sauvette pour aider à financer les 15 000 euros que demandait ce projet. 

>> À lire : Dans une Guyane saturée, le passage plus si secret de migrants vers la métropole

La tâche était censée être facile. Mais le passage de l'Oyapock n'a pas été possible. "La police française nous a craché dessus et nous a ordonné de retourner au Brésil", explique Oum Majd, installée sous un amandier d'une place de Cayenne face à l'océan. L'idée d'avoir fait tout cela pour rien la plonge alors dans l'angoisse. "J'ai eu le sentiment que le monde se rétrécissait. C'était un cauchemar." Leur seconde tentative, quelques jours plus tard, sera la bonne.

Retraverser l'océan

Moins d'un an après leurs arrivées respectives, Omran Solimane, Mohamed Mardini ainsi que Oum Majd et sa famille ont tous obtenu le statut de réfugié. Les deux premiers, ruinés, sont désormais hébergés temporairement chez un particulier. "J'ai réussi, je l'ai fait", sourit Mohamed Mardini, ravi du climat guyanais à la chaleur étouffante. "Ma mère est contente de ma décision maintenant."

"J'ai étudié la route pendant cinq mois", dit Mohamed Mardini, 27 ans, Syrien passé par Tyr, au Liban. Crédit : InfoMigrants
"J'ai étudié la route pendant cinq mois", dit Mohamed Mardini, 27 ans, Syrien passé par Tyr, au Liban. Crédit : InfoMigrants

 

Omran Solimane, lui, considère cette étape comme un tremplin vers la métropole. De toute façon, la Guyane lui laisse un goût amer : il se souvient du mois passé à la rue à son arrivée et il enrage de n'avoir trouvé aucun travail après avoir déposé des CV dans "tous les magasins de Cayenne". "Je ne regrette rien et surtout pas d'être venu. La Guyane, c'est beau. Mais je veux aller en France métropolitaine. Il n'y a rien pour moi ici", affirme-t-il. Désormais, c'est donc le trajet inverse, au dessus de l'Atlantique, vers l'Europe, qui occupe son esprit. 

Oum Majd, elle aussi, montera dans un avion pour Paris à la première occasion. Elle veut croire que ses enfants, dont seuls les trois plus petits vont à l'école, seront mieux pris en charge en métropole. De plus, malgré ses capacités financières, cette famille de réfugiés ne parvient pas à louer un appartement : leur dossier ne passe pas, précise-t-elle. Les journées se déroulent dans l'herbe, sous un soleil de plomb, à tuer le temps en pensant à l'après. "Pour nous, regrette Oum Majd, le voyage n'est jamais fini."

 

 

 


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