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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Médiapart - vaur.samantha - 3/12/2020

Premières interrogations au sujet de la migration environnementale.

Comme on l’entend souvent, l’homme a toujours migré en raison des contraintes ou bénéfices environnementaux liés au territoire sur lequel il s’établit[1]. Effectivement, les peuples ont pendant longtemps suivi des chemins fructueux, qui permettaient de se nourrir et de vivre de leur travail. Au XXIème siècle, en revanche, les sociétés sont, pour la plupart, sédentaires : les choix de résidence ne dépendent plus des conditions agricoles ou vivrières des terrains à acquérir. Les grandes métropoles, dont la densité dépasse parfois ce qui peut être imaginable, ont contribué à ce que l’intérêt individuel centré autour de l’accès à la nourriture, ou à l’eau, soit dépassé.

Ce récit peut être décrit comme constituant la perspective « occidentale » de l’occupation des territoires. On remarque que la recherche de nourriture n’est plus une fin en soi, mais un simple acte de la vie courante, consistant à aller acheter ses vivres disposés uniformément, et par catégorie, dans des lieux qui leur sont dédiés. Malheureusement, ce n'est pas une généralité. Nombre d'études prouvent que l'accès à l'eau ou à la nourriture, déjà précaire par endroits, pourrait être amoindri par des conditions climatiques et environnementales de plus en plus aléatoires. Face à cette constatation, de nouvelles voix s’insurgent contre le réchauffement climatique anthropique, contre l’absence de prise de conscience nationale ou internationale, mais également en critiquant le manque d’action pour en contrer les effets de manière préventive, notamment en matière de déplacements ou migrations[2]. Ces derniers sont déduits de scenarios d’augmentation des températures ou de la variabilité des évènements climatiques particulièrement graves. Qu’en est-il de ceux qui seront obligés de se mouvoir ? Ceux, qui cultivant une terre autrefois fertile, ne seront plus capables de faire vivre leur famille de leur travail ? Comment se réorganiseront des ensembles de groupes sociaux impactés par un évènement climatique, ou environnemental, indépendamment de leur condition sociale ?

 Les chiffres sont débattus, les prédictions également[3]. Les méthodologies adoptées sont variables et l’incertitude est grande. La migration de masse liée à l’environnement n’est pas une donnée qui peut être vérifiée. La plupart des études[4] prouvent que celle-ci se produira davantage en interne à un pays, ou à une région, plutôt qu’à l’international.

Il faut, donc, déconstruire les idées reçues. D’abord, la méthodologie doit être claire et précise. Qu’entend-t-on par migration environnementale ? Migration climatique ? Mobilité humaine ? De nombreuses notions ne sont pas consensuelles. À ce stade, les réponses ne semblent donc pas pouvoir l'être.

Puis, il faut se demander si le droit, national, régional, ou international, est adapté ou adaptable, face à ces enjeux. Dès lors, quelles options doit-on envisager ?  

Ensuite, il s’agit également de se demander si la réponse doit vraiment se faire à l’international, avec un rapport de force qui s’annonce disproportionné. En effet, comment inventer, ou renouveler, une protection, alors que le sujet migratoire est depuis des années un levier politique important, fluctuant au gré des effets d’annonce de part et d’autre du globe ?

Dans un même registre, quelles influences les populations, qui sont d’ores et déjà impactées par le changement climatique, peuvent avoir sur la scène internationale, dans les médias ou les cercles universitaires ? Quels discours peut-on trouver et comment les interpréter ? Quels sont les besoins soulevés et comment peut-on conceptualiser une notion si instable, indéterminée et mouvante ?

Comment déconstruire la notion de migration au regard de la migration environnementale ? Certains axiomes pénalisent la démarche du chercheur en droit, en tant qu’ils reflètent un état de la pensée qui ne paraît plus correspondre aux attentes de ceux qui migrent, de ceux qui seront obligés de migrer, mais également de ceux qui devront recevoir et accueillir. Par exemple, la dichotomie consistant à représenter la migration comme étant forcée ou volontaire, perturbe l’analyse de la migration environnementale. Comment déterminer le moment à partir duquel le facteur environnemental, ou climatique, devient prépondérant dans la décision de migrer ? De quelle manière peut-ont justifier ce choix temporel ?

Enfin, après avoir réfléchi à la variable temporelle, qu’en est-il de l’aspect territorial ? Les États doivent-ils assumer la même protection sans restriction spatiale, c’est-à-dire accorder les mêmes droits à ceux qui quittent leur pays et ceux qui se déplacent à l’intérieur de celui-ci ? Qu’en est-il des questions de souveraineté et de non-ingérence auxquelles les États sont extrêmement attachés ?

 A travers ces différentes interrogations, il est aisément compréhensible d’accorder à la migration environnementale une place primordiale dans la réflexion juridique, et politique, des enjeux auxquels nos sociétés pourront être confrontées. Au demeurant, toutes les interrogations précédentes ne sont pas exhaustives, les questions de genre, de pauvreté, de vulnérabilité, d’inégalité, de discrimination, entre autres, peuvent également être étudiées à la lumière de la contrainte environnementale ou climatique.

 C’est pourquoi, bien que le droit paraît nu devant la question de la migration environnementale, je m’attacherai à exposer différentes contributions afin de procéder à une recherche minutieuse de l’état du droit international intéressant de près ou de loin la migration environnementale.

 Si pour Victor Hugo, « L’exil c'est la nudité du droit »[5], alors la migration environnementale pourrait-elle vêtir le droit de principes suffisamment universels pour que celui-ci ne se retrouve plus impuissant face à des situations indécentes ?

[1] Vlassopoulos Chloé Anne, « Des migrants environnementaux aux migrants climatiques : un enjeu définitionnel complexe », conflits, 30 déc. 2012, n° 88, p. 7‑18

[2] Cambrézy Luc et al., « Du consensus de la catastrophe à la surenchère médiatique ? Introduction », Revue Tiers Monde 2010, vol. 204, n° 4, p. 7

[3] Refugee Studies Centre et al., « Forced Migration review, Climate change and displacement », 2008, n° Issue 31, p. 80

[4] Flavell Alex et al., Migration, environment and climate change: Literature review, mars 2020, Berlin, Global Migration Data Analysis Centre (GMDAC), 84 p., (en ligne)

[5] HUGO, Victor, Préface du second volume d’Actes et Paroles Pendant l’exil, 1875. [en ligne], consulté le 2 avril 2020.

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