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Source : InfoMigrants - Leslie Carretero Charif Bibi Khosraw Mani - 02/06/2021

Les 300 migrants qui occupent, depuis dimanche, le jardin Villemin, dans le 10e arrondissement de Paris, espèrent pouvoir bénéficier rapidement d'une mise à l'abri par les autorités. Tous se disent épuisés par des années passées à la rue, ballotés entre différents pays de l'Union européenne, sans arriver à obtenir une protection et ainsi pouvoir se reconstruire. Témoignages.

Depuis dimanche 30 mai, quelque 300 migrants occupent, avec l'aide du collectif Réquisitions, le jardin Villemin, dans le 10e arrondissement de Paris. Ils espèrent obtenir rapidement un hébergement d'urgence. Plusieurs d'entre eux, originaires du Tchad, d'Afghanistan ou encore du Soudan, ont raconté à InfoMigrants leur vie d'errance en Europe.

Hussein, 27 ans, originaire d'Afghanistan : "Ma vie est un enfer"

"Je suis arrivé en France fin 2015, quelques mois plus tard j'ai été débouté de ma demande d'asile. J'ai quitté la France et je me suis rendu au Luxembourg mais je n'ai pas pu déposer l'asile : je ne parlais pas la langue et je n'arrivais pas à me faire comprendre. J'ai décidé d'aller tenter ma chance en Espagne, mais là-bas aussi tout était compliqué.

Je suis donc revenu en France il y a 20 jours. J'ai de nouveau déposé l'asile, j'attends ma convocation à l'Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides).

Je vis dans la rue depuis mon retour à Paris. Dimanche dernier, je suis venu au rassemblement à République pour être hébergé mais il n'y avait pas assez de places donc je dors au jardin Villemin.

À (re)lire : Paris : dans le jardin Villemin, la solidarité s'organise autour de 300 migrants

Cela fait plus de six ans que j'ai quitté l' Afghanistan mais je n'ai toujours pas réussi à obtenir un titre de séjour en Europe. C'est dur de se dire qu'on a passé toutes ces années dans la rue. Je vois bien que ma situation empire de jour en jour. Si je n'arrive pas à avoir des papiers et à trouver un logement, je vais devoir rentrer dans mon pays. Je crois que finalement je préfère mourir en Afghanistan plutôt que de continuer à vivre de cette façon. Ma vie est un enfer."

 

Les migrants du jardin Villemin réclament un hébergement décent. Crédit : Solidarité migrants Wilson
Les migrants du jardin Villemin réclament un hébergement décent. Crédit : Solidarité migrants Wilson

 

Kami, 29 ans, originaire de Somalie : "Je veux retrouver foi en l'humanité"

"Ma demande d'asile a été refusée par l'Ofpra et je dois retourner en Italie, mais les conditions de vie là-bas sont bien pires qu'ici alors je préfère rester en France. 

Cela fait presque deux ans que je vis à Paris. J'ai plusieurs fois été envoyé dans des hébergements d'urgence mais c'est toujours une solution temporaire. À chaque fois, j'ai dû retourner dans la rue. J'ai participé au rassemblement de dimanche à République pour demander de meilleures conditions de vie. Aujourd'hui, je veux juste un abri, et ne plus me soucier de la pluie, de la police et des rongeurs. Je veux retrouver ma foi en l'humanité."

Abdo, 38 ans, originaire du Yémen : "Je vis dans la rue depuis plus de 15 ans"

"Depuis mon arrivée en Europe en 2004, j'ai visité presque tous les pays de l'Union européenne. Mon périple a débuté aux Pays-Bas, où j'ai déposé mes empreintes. J'ai vécu trois ans dans les rues d'Amsterdam. J'ai préféré partir car je n'avais aucune chance de survivre dans ce pays.

En 2007, je suis allé au Royaume-Uni. Mais après deux ans là-bas, j'ai été renvoyé aux Pays-Bas. Quelques années plus tard, je suis allé en France, puis en Allemagne et en Norvège. C'était toujours la même chose : je fuyais la police de peur d'être une nouvelle fois expulsé vers les Pays-Bas.

Je suis de nouveau de retour en France. Cela fait maintenant plus de 15 ans que je vis dans les rues européennes.

 

Les exilés dorment sur la pelouse du jardin Villemin en petits groupes, le 1er juin. Crédit : InfoMigrants
Les exilés dorment sur la pelouse du jardin Villemin en petits groupes, le 1er juin. Crédit : InfoMigrants

 

J'étais présent à la manifestation place de la République, dimanche, mais honnêtement, je ne pense pas que cela va changer notre quotidien. J'ai peur que les autorités nous hébergent dans un gymnase quelques semaines, puis nous renvoient une nouvelle fois à la rue. C'est toujours comme ça.

Les associations font un travail formidable, je les remercie pour ça mais ça ne suffit pas. Je suis effaré de la manière dont l'Union européenne nous considère et nous traite. Tout ceci n'est pas géré de façon humanitaire."

Saied, 34 ans, originaire du Soudan : "La rue change les gens"

"J'ai fui la guerre au Soudan en 2016. Je suis passé par la Libye, l'Italie et la France. J'ai passé la plupart de ces dernières années dans la rue, malgré l'obtention de mon statut de réfugié en 2019.

La rue change les gens, on devient une nouvelle personne, pas forcément meilleure. Je remercie les associations pour leur soutien mais, malheureusement, elles ne peuvent fournir que du pain et du café. J'espère que les autorités nous emmèneront vers des abris adaptés, aussi bien les réfugiés statutaires comme moi, que les personnes déboutées de leur demande d'asile. Nous sommes tous des êtres humains et nous méritons tous un bon traitement.

Depuis mon arrivée en France, j'ai rencontré beaucoup de bonnes personnes qui ont exprimé de la compassion envers moi. La plupart me disent que la question migratoire en France, et au sein de l'Union européenne, est une question politique. C'est la réalité, mais pourquoi devrions-nous payer pour un problème qui nous dépasse ?"

 

Les associations distribuent des repas trois fois par jour aux migrants du jardin Villemin. Crédit : InfoMigrants
Les associations distribuent des repas trois fois par jour aux migrants du jardin Villemin. Crédit : InfoMigrants

 

Abdulrahman, 31 ans, originaire du Yémen : "J'ai perdu le contrôle de ma vie"

"Je suis en France depuis deux ans, après avoir vécu en Allemagne. Je veux construire ma vie en Angleterre car j'ai de la famille là-bas. Et puis, mon expérience en France est mauvaise. Je ne m'attendais pas à être traité de cette façon, cela n'a rien à voir avec ce qu'on nous disait de la France quand nous étions enfant. 

Ma demande d'asile a été rejetée et je ne peux pas retourner au Yémen. Que dois-je faire ? J'ai l'impression d'avoir perdu le contrôle de ma vie. Je ne pense pas que je pourrais un jour avoir une vie normale."

 

 


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