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Source : Médiapart - David Perrotin - 13/07/2021

Le Baam, bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants, est attaqué depuis qu’un député LREM les accuse d’organiser un bal en non mixité sur l’espace public. La polémique repose pourtant sur une intox. Après avoir annoncé une enquête, le premier adjoint PS de la ville de Paris concède que ce bal n’est pas « attentatoire aux principes républicains ». Le préfet de police, lui, l’a interdit.

LREM a cette fois-ci devancé l’extrême droite. Comme chaque année, le bureau d’accueil et d’accompagnement des migrants (le Baam) organise un bal des migrants à Paris pour s’opposer notamment aux mesures « liberticides » du gouvernement et demander l’abolition de Frontex, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. 

Le bal des migrants organisé par le Baam le 13 juillet 2016 à Paris. © CHLOE SHARROCK / HANS LUCAS via AFP
Le bal des migrants organisé par le Baam le 13 juillet 2016 à Paris. © CHLOE SHARROCK / HANS LUCAS via AFP
 

Le 9 juillet, le député LREM François Jolivet attaque l’association et demande à la secrétaire d’État Marlène Schiappa de faire en sorte que l’une des DJ du bal ne puisse pas se produire. En cause, un message qu’elle a posté sur son compte Instagram demandant aux Blancs de laisser en priorité le centre de la piste de danse aux personnes racisées pendant les deux heures de son set. 

« En France, le DJ FANAYA demande aux “blanc-he-s” : “allez derrière” . Parce que nous sommes en République, je demande à @MarleneSchiappa de faire ce qui est possible pour interdire à “FANAYA” de se produire dans l’espace public dans ces conditions. #Baldesmigrants #Stalingrad », poste l’élu sur Twitter. 

© François Jolivet
 

La DJ en question, programmée avec d’autres pour ce bal de la place Stalingrad à Paris (XIXe), avait en effet posté une story sur son compte Instagram. « Si tu n’es ni noir-e, ni racisé.e, derrière tu iras stp », écrivait-elle notamment en évoquant la piste de danse. « Je le répéterai autant qu’il le faudra mais le dancefloor est un espace politique où les relations de pouvoir se reproduisent aussi », ajoutait-elle pour légitimer sa demande. 

Sauf que son message concernait une autre soirée organisée dans un lieu privé le vendredi 9 juillet. À aucun moment, la DJ n’a lancé cette injonction pour le bal des migrants prévu ce mardi sur la voie publique. Dans son post publié sur son compte Instagram le 8 juillet, la DJ évoquait bien une soirée prévue « demain soir », donc le 9 juillet et non le 13. 

« Son message ne concernait absolument pas le bal des migrants que l’on organise depuis six ans et qui a toujours été mixte », confirme Alicia, administratrice du Baam. « On défend la non-mixité à certains moments et à certains endroits car on pense que c’est un outil de visibilité et d’empowerment, mais cela n’est pas le cas pour notre bal », ajoute-t-elle pour expliquer pourquoi le Baam soutenait malgré tout les propos de la DJ : « D’autant que les migrants que nous accompagnons ne sont évidemment pas tou·te·s racisé·es. »

 © Le Baam
© Le Baam
 

L’association avait d’ailleurs rapidement répondu sur Twitter en précisant les choses. « Non, l’expérience de non-mixité sur le dancefloor proposé par Fanaya ne concernait pas le bal des migrant·es, mais un autre évènement. Oui le bal est mixte. Nous l’avons pourtant répété à plusieurs reprises, depuis le 9 juillet », peut-on encore lire dans des messages publiés dimanche

Si depuis le départ, le Baam martèle que son bal est mixte et le restera, cela n’a pourtant pas empêché le député LREM, qui n’a pas souhaité nous répondre, d’insister en postant à plusieurs reprises des tweets mensongers (toujours en ligne).

« Je viens d’écrire à la ministre @MarleneSchiappa, pour lui demander d’étudier les voies de recours pour interdire à cet artiste de se produire dans ces conditions.  #FANAYA #Baldesmigrants #Stalingrad », poste-t-il le 9 juillet dernier. « Il me semble pertinent de demander à l’association “Baam” de se justifier sur son soutien à cette demande et le cas échéant qu’elle se conforme aux principe de la République », écrit-il dans son courrier. 

Le même jour, le premier adjoint socialiste de la ville de Paris, Emmanuel Grégoire, y va de son tweet pour désapprouver l’événement qu’il croit non mixte. « Bonjour @BAAMasso, nous ne nous connaissons pas encore mais je désapprouve totalement vos propos. Un bal, c’est un mélange de bonheur, de convivialité, sans distinction aucune… AUCUNE. Tous les citoyens, de France et d’ailleurs sont les bienvenus », poste-t-il avant de répondre au député LREM : « Nous avons pris connaissance de votre message. Il soulève de graves atteintes à l’esprit républicain. Nous allons diligenter une enquête, nous ne tolérons et supportons aucune discrimination, d’où qu’elle vienne ».

Interrogé par Mediapart, le premier adjoint d'Anne Hidalgo concède qu'il « n'y a rien d'attentatoire aux principes républicains » dans l'organisation de ce bal. « On a vérifié et le Baam a tout notre soutien », explique Emmanuel Grégoire qui maintient toutefois l'intégralité de ses messages postés sur Twitter. « Je répondais à un message de l'association qui légitimait les propos du DJ. Je soutiens les combats du Baam, mais je m'oppose à cette réthorique parfois troublante, insiste-t-il. Cela me gêne profondément de théoriser le séparatisme positif. Je n'accepterai jamais cela, la gauche doit être extrêmement ferme sur ces questions »

Seul LCI fait un mea culpa 

Après ces réactions politiques, la machine s’est, comme souvent, emballée. Plusieurs médias dont Le Figaro, Marianne, CNews ou Valeurs actuelles, ont publié des articles laissant penser à un bal non mixte sur la voie publique.

Élisabeth Moreno, ministre déléguée chargée de l’égalité, a même propagé l’intox en condamnant l’initiative : « Je trouve ça très regrettable qu’un événement qui part d’une si bonne intention, aider les migrants, finisse dans une telle polémique. Il y a des gens dans l’Histoire qui sont morts parce qu’ils étaient en ségrégation, on les rejetait pour ce qu’ils sont, pour leur couleur de peau, parfois pour leur genre, parfois pour leur orientation sexuelle etc etc. [...] Et donc je trouve ça très regrettable. Et puis je voudrais dire qu’il n’y a pas que des migrants noirs, c’est absurde. [...] Il ne faut pas séparer parce que c’est complètement contre-productif. »

© LCI

Depuis, l’association reçoit de nombreuses menaces comme Mediapart a pu le vérifier, notamment après un message publié par la Cocarde étudiante, un syndicat d’extrême droite. « Sortez (très) couvert », a-t-il relayé sur les réseaux sociaux. Dans les commentaires, certains évoquent des gilets par balles, regrettent qu’il n’y ait pas d’attentat ou souhaitent que l’événement finisse « à la rubrique fait divers ». L’association reçoit aussi de nombreux messages de haine en privé : « On va venir, on va tous vous brûler à votre bal de sale nègre », menace l’un, quand un autre lâche : « On vous marchera sur la gueule tôt ou tard. » Le Baam a par ailleurs annoncé que la DJ Fanaya a préféré se désister « suites aux pressions et menaces reçues ». 

À ce jour, seul le présentateur de LCI Christophe Beaugrand a reconnu avoir relayé une intox. « Hier nous avons relayé une information visiblement erronée dans notre émission sur le Bal des Migrants organisé demain soir par @BAAMasso. Le DJ dont on a relayé le message évoquait une autre soirée qui a eu lieu vendredi. Le Bal de demain soir ne se tiendra pas en non-mixité », a tweeté le présentateur lundi. 

De son côté, le député LREM François Jolivet persiste en continuant d’affirmer à tort « qu’il était bien prévu, pendant le “mix” de cet artiste, de “décoloniser le dancefloor” ». 

Le groupe écologiste au conseil de Paris a tenu à publier lundi un communiqué pour dénoncer ces pressions et ces intox : « Nous soutenons cette association face au cyberharcèlement de la droite et l’extrême droite suite aux fausses informations propagées par un député sur l’organisation du “Bal des migrant·e·s”. Ce bal populaire est depuis plusieurs années un moment de mixité et de vivre-ensemble, ouvert à toutes et tous et qui permet aux personnes exilées et leurs soutiens de profiter de ce moment festif dans l’espace public pour se soutenir et partager un peu de joie. » Une marche de soutien au Baam est prévue mardi à 18 heures, place de Stalingrad, juste avant le bal des migrants qui devait donc se tenir en toute mixité. 

Mais mardi, en début d'après-midi, la préfecture de police de Paris a annoncé son intention d'interdire le bal, qui « fait l’objet de polémiques violentes sur les réseaux sociaux après les déclarations faites notamment par l’un des animateurs de la soirée ». « Ces déclarations d’appel à la distinction entre les êtres humains du fait de leur couleur de peau ou de leur origine génèrent une situation conflictuelle [...] susceptible de rassembler des personnes véhiculant des valeurs non républicaines ou contraires au principe de cohésion nationale. » Et d’engendrer « de forts risques de troubles à l’ordre public ». Dans la foulée, le Baam a bien dû s’incliner : « Nous ne danserons pas tou·te·s ensemble ce soir. »

 

 


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