En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour vous proposer des services adaptés.

Source : Le monde - Jean-Pierre Stroobants - 17/07/2021

Depuis mai, quelque centaines de sans-papiers observent à Bruxelles une grève de la faim pour réclamer leur régularisation. Des groupements de citoyens et des organisations syndicales appellent à des régularisations transitoires.

Tarek a perdu 14 kilos depuis le début de sa grève de la faim. En ce mois de juillet frisquet et pluvieux à Bruxelles, il est emmitouflé dans sa parka beige, dont il a remonté le capuchon. Il est seul sur un banc, face à l’église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage, gigantesque édifice baroque dans le centre historique de la capitale belge et Maison de la compassion, au cœur d’un projet de rencontre entre personnes de toutes les convictions. Depuis quelques années, l’église est surtout le lieu où se rassemblent, à intervalles réguliers, des sans-papiers en quête d’une régularisation.

Quelque 250 Marocains, Tunisiens, Egyptiens, Pakistanais ou Népalais, hommes et femmes, parfois accompagnés d’enfants, sont en grève de la faim et occupent, cette fois, les lieux depuis la fin mai. Un peu plus de 200 autres ont envahi des réfectoires des universités libres, francophone et néerlandophone, de Bruxelles (ULB et VUB), à l’autre bout de la ville.

Tous les grévistes espéraient une régularisation, comme celles survenues à plusieurs reprises. Mais la dernière a eu lieu en 2009 et, depuis, les conditions d’accès aux titres de séjour se sont durcies, relève la Coordination et initiatives pour réfugiés et étrangers (CIRE). Les occupants de l’église du Béguinage misaient aussi sur le fait que l’actuel gouvernement, une coalition rassemblant les libéraux et le centre droit flamand, mais aussi la gauche socialiste et écologiste, serait plus sensible à leur détresse que le précédent secrétaire d’Etat à la migration, le nationaliste flamand Theo Francken, et l’ex-ministre de l’intérieur, Jan Jambon.

Grève de la faim « inacceptable »

Vain espoir, apparemment. « Il n’y aura pas de régularisation collective », répète Sammy Mahdi, nommé secrétaire d’Etat à l’asile et à la migration en octobre 2020. Ce chrétien démocrate flamand, soutenu par le premier ministre libéral, Alexander De Croo, avance ses réalisations : accueil facilité et accéléré pour les réfugiés, guichet numérique pour obtenir un permis de travail, procédure pour les plus vulnérables. En revanche, insiste-t-il, pas question de régularisations collectives qui pénaliseraient les 8 000 étudiants étrangers qui ont dû remplir de nombreuses formalités pour venir étudier, les 15 000 extra-Européens qui ont obtenu le droit de travailler avec un permis à la clé, ou tous ceux qui sont rentrés chez eux et « ont dû renoncer à un rêve ». « Il est inacceptable de recourir à une grève de la faim pour contourner les règles », dit ce jeune responsable, qui rejette toute accusation d’inhumanité.

 A leglise

Il y a sans doute de la conviction chez M. Mahdi. Beaucoup de solitude, parce que ses partenaires gouvernementaux sont très prudents sur le sujet. De la stratégie, aussi : jadis tout-puissant en Flandre, son parti, les Chrétiens démocrates et flamands (CD&V), a été laminé par la droite nationaliste et l’extrême droite xénophobe. En acceptant un poste à haut risque dans le gouvernement fédéral, le secrétaire d’Etat joue sa carrière et l’avenir de sa formation : s’il cède, il sera écharpé par ses rivaux de droite sur l’échiquier politique néerlandophone. Un député du Vlaams Belang (extrême droite) affirme déjà que ce sont les partis de gauche du gouvernement qui ont poussé à l’organisation de la grève de la faim.

Tentatives de suicide

Tarek, présent en Belgique depuis 2013, raconte qu’il a travaillé illégalement dans un centre d’appels, s’est syndiqué, a fait du bénévolat, refuse toute aide publique et montre son abonnement aux transports publics bruxellois. Il a même rencontré M. Mahdi. En vain. Il refuse de tenter la régularisation à titre individuel qu’on lui suggère. Elle suppose une adresse (beaucoup de ses camarades ont perdu leur logement à la suite de la crise due au Covid-19 qui les a privés de leur emploi au noir), le paiement d’une redevance de plusieurs centaines d’euros et, en cas de refus, elle peut surtout déboucher sur une expulsion. Quant à arrêter la grève, pas question : « Si on sort d’ici, on sera tous des SDF. »

Dans l’église, désormais fermée aux visiteurs, certains se sont cousu la bouche, d’autres menacent de commencer une grève de la soif, quelques-uns ont fait des tentatives de suicide, à l’ULB et à la VUB. Des médecins évoquent de nombreux cas d’urgence psychiatrique. Au Béguinage, des ambulances font des va-et-vient, emmenant ou ramenant des occupants hospitalisés. « On bosse ici, on vit ici, on meurt ici », dit une affiche apposée sur un cercueil couvert d’un drap noir, devant l’église. « Sammy Mahdi, m’entends-tu ? », interroge une affiche collée sur le portail.

Oui, le secrétaire d’Etat a entendu et tenté un premier pas : l’instauration d’une « zone neutre », où, sans rien risquer, les sans-papiers pourraient exposer leur situation. Ils ont refusé de s’y rendre. Et leur acharnement finit par leur valoir le soutien d’une série de groupements de citoyens, mais aussi celui des deux grandes organisations syndicales et des mutualités. Tous appellent notamment à des régularisations transitoires, avant l’instauration de « critères clairs » pour l’examen des dossiers.

Appel à la compassion

Sous pression, les dirigeants du PS francophone et du parti Ecolo ont, le 15 juillet, appelé M. Mahdi, leur partenaire dans le gouvernement fédéral, à rechercher « une solution pragmatique, humaine et digne ». Des universitaires ne disent pas autre chose, exigeant aussi que l’on considère la pandémie de Covid comme une circonstance exceptionnelle. L’archevêque Jozef De Kesel, primat de Belgique, a, lui, appelé à la compassion, entraînant ainsi des membres du parti de M. Mahdi attachés aux valeurs chrétiennes.

Des patrons et des syndicalistes proposent des embauches dans des métiers en pénurie de main-d’œuvre, ce qui pourrait conduire à une éventuelle régularisation. « Dans l’église, il y a des électriciens, des menuisiers, des ouvriers du bâtiment, et même un diplômé en sciences politiques », affirme Tarek. « On ne sait malheureusement pas si tout ça servira à quelque chose… », soupire un autre occupant de l’église bruxelloise. Il sait que les vacances du monde politique démarrent, en principe, le 21 juillet, et craint que le gouvernement joue la montre d’ici là. « Peut-être qu’il faudra un mort ou deux pour que ça change… »

 une demandeuse dasile

Plus jamais ca signons pour le jour dapres[Pétition] Plus jamais ça, signons pour le jour d’après

À la suite de la tribune « Plus jamais ça, préparons le jour d’après », seize organisations lancent une pétition nationale pour défendre des mesures urgentes et de plus long terme, porteuses de profonds changements politiques.

affichea3 acte4 03Acte 4 des Sans-Papiers : Liberté, Egalité, Papiers !

Le pouvoir fait partie du problème des crises de ce pays et les amplifie, semant la misère, le désespoir, le racisme et la haine là où il faut plus de solidarité, de liberté et d’égalité. Lors de la Marche nationale des Sans-Papiers nous avons montré que nous étions la solution.

Appel à l'Acte 4 et à des manifestations sur tout le territoire le 18 décembre

Régularisation des Sans-Papiers, Fermeture des CRA, Logement pour touTE

Archive

Powered by mod LCA