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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : l'humanité - Émilien Urbach - 21/10/2021

À Briançon, les associations inaugurent un nouveau « tiers-lieu » dédié à la solidarité avec les exilés, tout en alertant sur le désengagement de l’État.

« Il y a un bébé, là ! » Les mains sur son ventre rond, Souad lâche ces quelques mots comme un appel au secours. « On a marché dix heures dans les montagnes pour passer la frontière, raconte-t-elle, paniquée, le visage rougi par le sentiment d’être incomprise. On est arrivés ici, hier, à 5 heures du matin. On veut rejoindre la Belgique en train, mais on nous a volé notre argent et nos chaussures. » Ce lundi 18 octobre après-midi, à Briançon, la jeune exilée marocaine, 25 ans à peine, est assise avec son mari et une trentaine d’autres personnes exténuées dans le hall des Terrasses solidaires. Ce tiers-lieu, dont l’association Refuges solidaires occupe une grande partie, sera officiellement inauguré ce samedi 23 octobre. En attendant, il assure déjà l’accueil d’urgence des centaines de personnes privées de droits qui, chaque mois, franchissent la frontière franco-italienne par les cols alpins.

 

Ouvert au mois d’août et partiellement réhabilité grâce au travail acharné de dizaines de bénévoles, cet ancien sanatorium est une réponse citoyenne à la récente expulsion de Refuges solidaires de Briançon. Le bâtiment de 1 700 mètres carrés a été acheté au mois de juin grâce à l’engagement d’investisseurs solidaires. Plus de 30 % du million d’euros nécessaire ont été collectés auprès d’habitants et d’associations. Le reste provient du fonds Riace France, de la Fondation Arceal, proche de Caritas, et d’un investisseur privé. Les associations Refuges solidaires, Eko !, Médecins du monde et Tous migrants ont investi une partie des locaux à la fin de l’été, en attendant que d’autres structures les rejoignent.

Une stratégie porteuse d’une dynamique sociale

Les charges financières du lieu et de l’accueil d’urgence sont supportées par les dons citoyens et les soutiens de plusieurs organisations (la Fondation de France, Caritas, Emmaüs, la Fondation ­Abbé-Pierre, le Secours catholique et le Secours populaire). Et preuve, s’il en fallait, qu’une stratégie d’accueil des exilés peut être porteuse d’un dynamisme social et économique, pas moins de sept salariés, toutes associations réunies, travaillent aujourd’hui dans le tiers-lieu, aux côtés d’une cinquantaine de bénévoles locaux ou venus d’ailleurs. « Les Terrasses solidaires correspondent entièrement aux objectifs de Riace France à sa création, confie Olivier Legrain, le créateur du fonds de dotation. J’espère que verra le jour, partout où c’est nécessaire, ce type de maisons, dédiées à l’accueil des personnes en exil, aux côtés d’autres activités sociales, médicales, culturelles et écologiques. »

Malheureusement, derrière cet élan collectif de solidarité se cachent aussi de grandes difficultés. Ce mardi 19 octobre, près de 160 personnes, à l’instar de Souad et de son mari, sont provisoirement hébergées aux Terrasses. C’est le double de la capacité d’accueil. Alors, on se débrouille. Des lits de camp ont été installés dans le réfectoire. Ici, devant la porte de l’ascenseur, un salon de coiffure s’improvise. Là, dans le couloir, jouent les fillettes de Bahar, jeune mère iranienne en exil depuis 2017. Un peu plus loin, retentissent les musiques orientales qu’écoutent, sur leurs téléphones portables, Boubaker et ses amis, arrivés à 4 heures du matin.

« On arrive au bout de nos capacités, alerte Max Duez, un membre du conseil d’administration de Refuges solidaires. Un millier de personnes sont passées en septembre, et plus encore au mois d’octobre. » Un décompte à mettre en perspective avec les quelque 15 000 exilés accueillis en six ans dans le Briançonnais. Et, malgré les sollicitations des solidaires, l’État reste depuis cinq ans aux abonnés absents. « On informe quotidiennement les pouvoirs publics de la situation, indique Philippe Wyon, cofondateur de Refuges solidaires. Ils répondent qu’ils ne peuvent rien faire parce que ces exilés sont entrés illégalement en France. Avec ce dépassement de la jauge, ils pourraient prononcer une fermeture administrative pour raison de sécurité, mais ça les obligerait à prendre leurs responsabilités. Le lieu continue d’être ouvert parce qu’il leur assure la paix sociale sans avoir rien à faire. »

Un harcèlement policier et judiciaire qui perdure

Refuges solidaires s’inscrit dans la tradition des refuges de montagne. Les personnes accueillies ne sont censées y rester que quelques jours pour se reposer, se nourrir, recevoir une assistance médicale grâce, notamment, à la collaboration de Médecins du monde et la Pass (permanence d’accès aux soins de santé) de l’agence régionale de santé. Puis ils continuent leur route. Pour l’État, c’est la garantie de l’absence, sur ce territoire, de camps de fortune et autres squats insalubres. « Tout ça est d’une grande hypocrisie, s’insurge Michel Rousseau, responsable de Tous migrants. Au moindre problème, les citoyens solidaires, qui pallient depuis des années les manquements de l’État, seront jugés responsables. On est exactement dans la même situation que les navires de sauvetage en Méditerranée. Face au renoncement de la force publique, la société civile s’engage et, en réponse, les autorités lui mettent des bâtons dans les roues. » Et c’est sans parler du harcèlement policier et judiciaire dont témoignent les maraudeurs solidaires qui, dans le froid nocturne des cols de montagne, se portent au secours des exilés.

Avec l’entrée dans l’hiver et l’arrivée de la neige, le sort déjà cruel réservé par l’État aux prochains Boubaker, Souad, Bahar et leurs enfants, pourrait bien s’avérer criminel. 

 

 


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