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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : Le monde - Richard Schittly, Stéphanie Wenger - 10/12/2021

Mercredi 8 décembre, le collectif Pas d’enfant à la rue a organisé une manifestation à Strasbourg. Une centaine de mineurs seraient concernés dans la ville, pour 159 à Lyon, selon l’association Jamais sans toit.

Des enfants qui dorment avec leur famille dans la voiture ou dans la rue avant d’aller à l’école. La situation n’est pas nouvelle, mais, depuis la rentrée scolaire, des parents d’élèves et des enseignants se mobilisent pour interpeller les pouvoirs publics et trouver des solutions d’hébergement. Notamment à Strasbourg, où ils ont demandé à la municipalité (EELV) d’agir en faveur de ces élèves.

Une cinquantaine de personnes ont ainsi manifesté, mercredi 8 décembre, devant le siège de l’Eurométropole, à l’appel du tout jeune collectif Pas d’enfant à la rue. Le mouvement est parti de l’école Paul-Langevin, dans le quartier populaire de Cronenbourg. Depuis le mois de juin, une famille avec deux enfants était aidée par des professeurs qui abondaient une cagnotte pour payer des nuits d’hôtel. Mais, depuis trois semaines, la famille dormait dans son véhicule. Alertée, la ville a trouvé une chambre d’hôtel pour cinq jours, puis le SIAO, le service intégré de l’accueil et de l’orientation, a pris le relais. La famille a désormais un logement jusqu’en mars. L’info a circulé, d’autres enseignants ont contacté l’équipe, puis des parents d’élèves ont suivi, et des associations de terrain ont fait remonter les cas d’enfants rencontrés en maraude. Tous les établissements de Strasbourg, même ceux du centre-ville, sont concernés.

Le collectif parle d’une centaine de mineurs – la ville de Strasbourg reconnaît près de 50 enfants sans toit – mais invoque la responsabilité de l’Etat dans l’hébergement d’urgence. De fait, depuis fin novembre, une cinquantaine de familles avec enfants sont logées dans un gymnase dans le cadre du plan Grand Froid, plusieurs d’entre eux sont des élèves connus du collectif.

Catherine, institutrice à l’école Paul-Langevin, espérait beaucoup de la rencontre avec les élus de la municipalité EELV à l’issue du rassemblement : « La ville a des bâtiments vides, ils ne sont peut-être pas aux normes, mais ça ne peut pas être pire que d’être en tente. » Finalement, aucune proposition concrète n’a été faite. « La ville a créé 194 places d’hébergement, 190 autres au niveau de l’Eurométropole sont en train de l’être. Des réflexions sont en cours, mais les réponses n’arriveront pas demain. Il faut que l’Etat prenne ses responsabilités », invoque Floriane Varieras, adjointe à la maire de Strasbourg chargée de la ville inclusive.

Harout (le prénom a été changé) fait partie des familles logées au gymnase Branly, avec sa femme et ses deux enfants collégiens à Strasbourg depuis deux ans. Ils ont été priés de quitter leur foyer une fois déboutés de leur demande d’asile et vont faire appel. La famille arménienne a logé en tente, puis dans des couloirs d’immeubles. Désormais, ils sont au gymnase, très loin du collège, jusqu’au 19 décembre. « On est tous ensemble. Il y a du bruit la nuit, les enfants ne dorment pas. Je suis inquiet aussi à cause du Covid-19. »

Un simple sac de vêtements

A Lyon, ce sont huit écoles primaires qui sont occupées par des parents d’élèves. Aidés par l’association Jamais sans toit et soutenus tacitement par les équipes éducatives, ils s’organisent pour assurer l’hébergement de nuit et apporter la nourriture. En attendant d’autres solutions auprès des différentes administrations sollicitées. En tout, treize écoles ont été occupées depuis la rentrée, où 47 enfants ont trouvé un refuge temporaire. Neuf familles sont actuellement hébergées la nuit dans les écoles lyonnaises, ce qui concerne 22 enfants. Selon l’association Jamais sans toit, 159 enfants scolarisés restent à la rue pour l’ensemble de la métropole.

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A la nuit tombée, le 6 décembre, dans l’école Mazenod, des enseignants ont discrètement ouvert les portes, et des parents ont accompagné deux familles vers le gymnase. Un couple et ses deux filles, originaires d’Albanie, sont arrivés avec un simple sac de vêtements. La famille dormait depuis plusieurs semaines dans un campement de fortune près de la gare de la Part-Dieu. « Les familles ne disent pas qu’elles dorment dehors, par pudeur. Les enfants parlent entre eux, ils comprennent que leurs camarades sont dans la difficulté. L’assistante sociale ou les enseignants arrivent à détecter les situations dans la classe », explique Sophie Luserga, 45 ans, parente d’élève.

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C’est ainsi que l’école a appris la situation de Djeinabou et de son fils scolarisé en CM1. Venue de Guinée, après un périple traumatisant, la mère isolée passait les nuits glaciales avec son garçon sous une trémie, entre l’autoroute A7 et la gare Lyon-Perrache. « Depuis 2018, je suis sur la route », confie la maman, « rassurée » de passer la nuit au chaud.

A Lyon, une amélioration

Une règle tacite veut qu’au moins un parent de l’école soit présent, pour des raisons d’accompagnement et de sécurité. Un tableau de roulement a été établi, avec trois créneaux horaires (soir, nuit, matin). Quatre-vingt-six parents sont inscrits. « Savoir qu’une maman et le camarade de mes enfants vont dormir sous un pont, ce n’est tout simplement pas concevable. Si chacun met un peu du sien, on arrive à les aider. Nos propres enfants nous encouragent », témoigne Delphine, 43 ans, mère d’un élève, qui s’apprête à prendre son tour de garde. Avant l’occupation, les parents ont financé eux-mêmes des nuits d’hôtel, grâce à une collecte. Coût : 2 000 euros. « On arrivait au bout de nos possibilités. On avait l’impression de se faire balader par les administrations qui se renvoyaient la balle », justifie Sophie Luserga.

Depuis le changement de majorité municipale (écologiste et gauche unie), les parents constatent une amélioration. « La mairie est plus tolérante, elle nous laisse le chauffage la nuit dans l’école. Sous les mandats de Gérard Collomb, le chauffage était coupé et on recevait la visite de la police municipale », rapporte Julien, 45 ans, parent de l’école Mazenod, qui a connu la précédente occupation en 2015, durant plus de trois mois. « Après l’année de crise sanitaire et les plans d’hébergement mis en œuvre, on pensait qu’on allait sortir des logiques d’urgence. On espérait que les familles allaient enfin pouvoir se poser. Depuis septembre, nous voyons des situations insupportables se multiplier. Rien ne change vraiment », déplore Raphaël Vulliez, 47 ans, responsable de l’association Jamais sans toit, créée en 2014.

« Le temps de l’administration est différent de celui des parents, je comprends leur impatience », reconnaît Sandrine Runel, maire adjointe aux solidarités et à l’inclusion sociale. La mairie de Lyon vient de reloger trois familles dans des structures municipales et prévoit d’apporter une centaine de places d’hébergement d’urgence d’ici au 15 décembre, en partenariat avec les services de l’Etat.

Selon la préfecture du Rhône, le parc d’hébergement d’urgence et d’insertion sociale est constitué de 8 397 places pour l’ensemble du département, en hausse de 5 % depuis 2019, et de 107 % depuis 2014. Cinq cents places supplémentaires sont prévues d’ici au début de l’année 2022, dont une partie destinée aux familles d’enfants scolarisés. En attendant, des parents envisagent une mobilisation dans l’école Ernest-Renan, à Villeurbanne (Rhône), où treize enfants scolarisés dorment dans la rue.

 

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