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Rue 89 | 02/05/2015

Le dessinateur Mana Neyestani, dont les contestataires iraniens de la « Révolution verte » de 2009 brandissaient les caricatures, est réfugié en France depuis 2011. Il avait déjà impressionné par sa très kafkaïenne « Métamorphose iranienne », puis par son recueil « Tout va bien », à l’humour noir de chez noir. Il nous revient avec un album tout simplement extraordinaire, « Petit manuel du parfait réfugié politique », publié comme les deux précédents par une collaboration d’Arte avec Çà et là.

Déjà, dans sa « Métamorphose », Neyestani décrivait comment les consulats occidentaux à Dubaï n’avaient souvent pas beaucoup plus d’humanité à l’égard des opposants iraniens que la bureaucratie répressive de la République islamique. Malgré son incarcération à Téhéran pour un simple dessin en 2006, Neyestani et son épouse, qui avaient réussi à fuir l’Iran vers les Emirats, avaient vu leurs demandes de visas pour l’Europe ou le Canada rejetées. C’est au bout d’une véritable odyssée qu’ils avaient pu gagner en 2007 la Malaisie, leur terre d’accueil durant trois ans.

Neyestani n’est pas un réfugié ordinaire : ses œuvres ont été publiées dans le monde entier, il est un membre actif de l’association Cartooning for peace et il a reçu en 2012 des mains de Kofi Annan le Prix international du dessin de presse. Pourtant, Neyestani mettra un an et demi à obtenir le statut de réfugié politique dans cette France qui s’enorgueillit d’être la patrie des droits de l’homme.

Strates de procédure

Le plus terrible dans ce parcours du combattant que Neyestani décrit avec une lucidité grinçante, c’est qu’aucune mauvaise volonté ne lui est opposée pour obtenir le précieux sésame : c’est juste l’accumulation de strates et de strates de procédures qui ont fini par pénaliser les victimes, objets d’une suspicion permanente et soumises à une attente si angoissante qu’elle pourrait faire s’effondrer les plus solides.

Je vous laisse, chers riverains, découvrir les différentes étapes de cette intrigue qui finit par être aussi haletante qu’un thriller. Notre héros obtiendra-t-il l’indispensable récépissé ? Parviendra-t-il à se concilier la Loi, cette « personne assise derrière un bureau qui tient votre avenir entre ses mains » ?

Sortira-t-il indemne du match de ping-pong entre la préfecture et l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) ? Ou devra-t-il appeler à la rescousse « Réseau », « un genre de super-héros français qui a le pouvoir de faire passer votre dossier en haut de la pile » ?

J’ai eu la chance de rencontrer Neyestani lors du premier Pulp festival, en 2014, à la Ferme du Buisson. J’avais été frappé par son mélange détonant de pudeur et de dérision. Le miroir qu’il nous offre aujourd’hui de ce qu’est devenue notre « terre d’asile » est cruel.

Je ne peux pour ma part que le rapprocher de toutes les anecdotes rapportées par mes amis syriens, qui ont échappé à l’enfer d’Assad et de Daesh sans pour autant être accueillis en France à bras ouverts, et c’est un euphémisme. Il faudrait peut-être que je leur offre le « Petit manuel » de Neyestani pour qu’ils prennent leur mal en patience.

Jean-Pierre Filiu

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