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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : InfoMigrants - Charlotte Oberti - 28/07/2022

Une vidéo amateur tournée le 12 juillet à Calais montre des CRS interpeller un groupe de migrants qu’ils injurient et tentent d’humilier. Le collectif Human Rights Observers réclame des sanctions disciplinaires à l’encontre des officiers de police.

Insultes, violences et humiliations. À Calais, la vidéo d’une interpellation de migrants, menée manu militari par des CRS, fait dresser les sourcils. Sur les images, filmées le 12 juillet par un migrant faisant partie du groupe qui était alors interpellé, plusieurs membres des forces de l’ordre s’adressent avec agressivité et moqueries à des personnes exilées qu'ils viennent d'aborder au bord d'une route.

L’un d’eux intime à un migrant : "Eteins ton téléphone", puis “ramène ta gueule, toi !”. Un deuxième demande à un collègue : "Vous ne les foutez pas au sol ?". Suite à cette remarque, un CRS ordonne au groupe de s’asseoir, ce que font aussitôt les exilés. S’en suivent des ricanements : "C’est la meilleure idée que tu as eu de la journée !", pouffe l’un des policiers, félicitant le donneur d’ordres. "Maintenant, on essaie les mains sur la tête ?", entend-on sur la vidéo. "Ça fait un petit peu colonial, on va éviter", répond un autre.

Le CRS qui les a faits asseoir demande ensuite au groupe si quelqu’un parle anglais. Face à leur réponse négative, l’un des CRS lance : “Sakar Fourmek” (“ferme ta gueule”, en arabe). “Ça, c’est pas English, mais ça ils comprennent”, rit-il. 

Coups 

La vidéo s’interrompt lorsqu’un policier semble porter des coups sur le téléphone du migrant qui filme. 

Ce dernier a transmis ces images le 15 juillet au collectif Human Rights Observers (HRO), très actif dans la région. Il a affirmé que, peu de temps avant qu’il ne commence à filmer, les CRS avaient foncé avec leur van en direction du groupe de migrants, qui ont eu peur d’être écrasés. Les forces de l'ordre seraient ensuite sorties du véhicule et des coups auraient été portés par au moins un CRS sur au moins l’un des migrants, toujours selon l’individu auteur de la vidéo. 

>> À (re)lire : Calais : des policiers confisquent des stocks de nourriture pour les migrants, énième "entrave à la distribution" 

Sur la base de ce témoignage et de cette vidéo, HRO a indiqué, le 26 juillet, avoir saisi la Défenseure des Droits et avoir alerté la sous-préfecture de Calais ainsi que le procureur pour que des mesures disciplinaires, ”au moins”, soient prises à l’encontre des CRS, facilement reconnaissables sur les images. Mais sans grand espoir.

“La sous-préfète est en vacances et on n’est pas sûrs que le procureur fasse quoi que ce soit, même si la manière dont les CRS parlent aux exilés et le fait qu’ils les fassent asseoir comme des chiens sont des éléments suffisants, selon nous, pour qu’il agisse”, commente Laure Saboureux, juriste et membre du collectif.

Contactée par InfoMigrants, la préfecture n'a pour l'heure pas répondu à nos sollicitations.

"Ce n’est que la partie émergée de l'iceberg”

Pour la militante, cette vidéo est une occasion de montrer ce qui reste trop souvent dans l'ombre. “Des violences policières de ce type, il y en a tout le temps. La différence, c’est que, d’habitude, il n’y a pas d'images”, estime-t-elle, précisant que plusieurs cas de ce genre sont signalés tous les mois à Calais. “C’est bien de visibiliser ces agissements [des forces de l’ordre, ndlr] mais ce n’est que la partie émergée de l'iceberg.”

À Calais, les tensions, et mêmes les affrontements, entre la police et les migrants sont monnaie courante. Les exilés, qui se concentrent en nombre dans la région dans l'espoir de réussir à passer en Angleterre, sont victimes d'une politique de harcèlement, selon les associations sur place.

Ils sont régulièrement délogés de leurs campements de fortune par la police, et voient parfois leurs tentes lacérées et leurs biens confisqués, dans le cadre d'une logique de "zéro point de fixation" prônée par la mairie de la ville. Un "traitement dégradant" qui provoque la "détresse" de la population migrante, avait dénoncé Human Rights Watch à l'automne dernier, dans un rapport. À l'écho mitigé.

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