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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : le monde - Roxana Azimi - 13/09/2022

Par rapport aux autres continents, les élèves venus d’Afrique sont sous-représentés dans les établissements français, du fait de barrières culturelles mais aussi économiques.

Inscrit en deuxième année aux Beaux-Arts de Paris, Merveille Kelekele, 21 ans, a la niaque. L’étudiant congolais est impatient d’y retrouver, mardi 13 septembre, son chevalet et ses pinceaux. Quand les élèves de première année peineront à trouver leur chemin, lui circulera sans peine dans le dédale des bâtiments et des cours classées de ce millefeuille très « ancien monde », installé en 1817 quai Malaquais, face au Louvre. Merveille Kelekele a tout assimilé des codes de l’art contemporain et des techniques dispensées par son professeur référent, l’artiste Stéphane Calais. « J’ai eu une première année magnifique », se félicite-t-il, savourant sa chance d’avoir déjà exposé et vendu.

Né dans une petite ville de République démocratique du Congo (RDC), Merveille Kelekele a grandi trop vite. Enfant, il a assumé le rôle si ce n’est de chef de famille, du moins d’aide de camp, en prenant soin de sa fratrie. A 9 ans, il a suivi ses parents en Europe, au Portugal tout d’abord, avant le déménagement à Saint-Etienne. Aussi loin qu’il s’en souvienne, Merveille Kelekele a aimé dessiner. Artiste, c’était son destin, que rien n’est venu contrarier. « Ma mère était hésitante, mais mon père a su la convaincre », sourit le jeune homme, reconnaissant que « les familles africaines ne sont pas réceptives à ce type d’orientation ».

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A peine 10 % des étudiants en école d’art deviennent artistes, la majorité s’orientant vers des métiers créatifs tels que graphiste ou designer. L’inquiétude quant aux débouchés professionnels explique en partie le faible nombre d’étudiants africains en école d’art. En cette rentrée, Merveille Kelekele fait encore exception, tout comme Anges Lognon avant lui.

« On s’entend souvent dire que l’art, c’est un truc de Blanc, un luxe qu’on ne peut pas s’offrir, de l’ordre du plaisir ou de la détente », rebondit cette Ivoirienne de 28 ans, fraîchement diplômée de l’Ecole nationale supérieure des arts décoratifs (Ensad), à Paris. Un cursus qu’elle a embrassé avec passion et acharnement. « On m’a dit : quitte à faire un métier “non essentiel”, autant être la meilleure ! », rigole-t-elle.

Passée par plusieurs établissements avant d’achever ses études à l’Ensad, Anges Lognon n’a rien oublié de l’angoisse des rentrées scolaires. « Je comptais à chaque fois le nombre de personnes noires et je me rapprochais d’elles, raconte-t-elle. Ce n’était pas du communautarisme, mais une façon de me rassurer dans un paysage majoritairement blanc. » Si elle salue une école qui « aide les élèves, sans distinction », elle a mal vécu sa première année à l’Ensad. « On ne se sent pas toujours à sa place », souffle-t-elle.

Hausse des frais de scolarité

D’un naturel optimiste, Merveille Kelekele préfère ignorer les petites remarques des uns, la sollicitude trop prononcée des autres, « qui veulent montrer qu’ils ne sont pas racistes ». Il entend bien la gronde de certains de ses camarades qui peinent à trouver leurs marques. Mais à ses yeux, « il y a une différence entre les élèves africains venant d’Afrique, comme moi, et ceux nés en Europe, qui sont plus sensibles, plus révoltés, qui s’imaginent avoir été choisis pour remplir une politique de quotas ».

Dans les deux grandes écoles parisiennes, on ne recense qu’une dizaine d’étudiants africains

Directeur de l’Ecole supérieure d’art d’Annecy (Esaaa), Stéphane Sauzedde le déplore : « Dans les 45 écoles d’art en France, l’Afrique est le continent le moins représenté de tout le contingent étranger. » La situation varie d’une ville à l’autre. Aux Beaux-Arts de Marseille, la mobilité du pourtour méditerranéen facilite l’accueil d’étudiants du Maghreb et d’Afrique subsaharienne. Dans les deux grandes écoles parisiennes, en revanche, on ne recense qu’une dizaine d’étudiants africains.

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La faute, d’après Stéphane Sauzedde, aux « mauvais signaux » envoyés par la France. En 2018, au moment même où Emmanuel Macron annonçait la restitution de 26 trésors royaux au Bénin, son premier ministre de l’époque, Edouard Philippe, décrétait l’augmentation de 1 400 % des frais de scolarité pour les étudiants non ressortissants de l’Union européenne. A cette aune, une inscription en master passait de 243 à 3 770 euros !

L’Association nationale des écoles supérieures d’art et design publiques (Andea) s’est tout de suite mobilisée, appelant dans une tribune publiée en décembre 2018 par Le Quotidien de l’art à « un monde dans lequel l’axe Sud-Nord n’est pas une succession de murs et de barbelés doublés de guichets où l’on paye en dollars ou en euros ».

Les écoles nationales n’ont jamais changé leurs tarifs, fixés par le ministère de la culture, qui a choisi de ne pas trier les élèves selon leur nationalité. Les établissements municipaux, qui sont les plus nombreux, peuvent en revanche appliquer une tarification différenciée. « Si on pratique une distinction économique, les premiers pénalisés sont les étudiants africains », proteste Stéphane Sauzedde, qui, dans son école, refuse un système à deux vitesses. Et de regretter que « les écoles d’art gardent massivement l’image de lieux élitistes où se joue la reproduction culturelle et sociale ».

Des objets importés et inadaptés

Cet automne, la revue Afrikadaa, créée par l’artiste camerounaise Pascale Obolo, publiera justement un numéro spécial intitulé « Racisme, silence, mobilisation : où en sont les écoles d’art ? ». Y seront recensées les expériences et les doutes des étudiants noirs en France, mais aussi les pratiques qui, « geste par geste, forme après forme », contribuent à changer la donne.

Emmanuel Tibloux est de ceux qui, par petites touches, font bouger les lignes. Le patron de l’Ensad a récemment créé un poste d’études postcoloniales et décoloniales au sein du collège « Histoire, théorie, critique ». Pour élargir le spectre social et géographique des étudiants, il a développé l’an dernier avec les Ateliers Médicis, à Clichy-Montfermeil, une école d’un genre nouveau, La Renverse, destinée aux jeunes de Seine-Saint-Denis. Sur quinze élèves inscrits en 2021, douze étaient d’origine africaine, pour moitié du Maghreb. « On a beaucoup à apprendre des étudiants africains, insiste Emmanuel Tibloux. Ils apportent à notre école une logique de pensée qui n’est pas basée sur l’innovation, mais sur l’artisanat et la réparation. »

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Comme Thierno Sidy Barry. Le jeune Guinéen a fait ses armes à l’Ecole nationale supérieure d’art et de design de Limoges, avant d’intégrer cette année le post-master « Design des mondes ruraux » de l’Ensad, dispensé dans la petite commune de Nontron (Dordogne). Le jeune boursier, qui fera sa rentrée le 20 septembre, rappelle que « le design n’existe pas ou peu en Guinée ». Le pays, en effet, importe des objets qui, souvent, sont inadaptés au contexte comme aux usages locaux.

« Je viens d’un pays pauvre et dans mes projets, j’essaye de réduire les coûts pour permettre à tout un chacun de profiter du design », ajoute Thierno Sidy Barry. Il le sait déjà, un thème prévu au programme l’intéressera au plus haut point : la question de l’eau. Un sujet crucial dans son pays natal, où l’or bleu se fait rare.

 


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