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Solidarite avec Mimmo Lucano

Source : le monde - Claire Gatinois et Ivanne Trippenbach - 16/11/2022

Après avoir pris en charge 234 passagers de l’« Ocean-Viking » et proposé de créer un titre de séjour « métiers en tension », l’exécutif veille à ne pas incarner une ligne trop accueillante.

Il y a quatre ans, Gérard Collomb s’était retiré du ministère de l’intérieur avec fracas en prononçant cette phrase d’un ton prophétique : « On vit côte à côte. Moi, je crains que demain, on vive face à face. » Depuis, la droite et l’extrême droite exploitent à l’envi ces mots pour dénoncer des flux migratoires incontrôlés. Le 11 novembre, Gérard Collomb a repris la parole sur Twitter, puis dans un entretien au Point, pour s’alarmer d’un « tournant » dans la politique migratoire : la prise en charge de 234 passagers de l’Ocean-Viking, à Toulon, après trois semaines d’errance, mettrait le pays en péril. Et celui-ci de renouer avec ses sombres prédictions. « Si on en accueille un, les autres on ne les accueille pas ?, insiste l’ancien maire de Lyon auprès du Monde. C’est intenable. Macron veut faire une chose et une autre, mais il faut entraîner l’opinion avec soi dans un même mouvement. S’il n’a pas une ligne ferme maintenant, Marine Le Pen passera la prochaine fois ! »

« Emmanuel Macron a l’immigrationnisme honteux », enfonce justement Marine Le Pen, mardi 15 novembre, sur France Inter, deux jours après avoir réaffirmé dans Le Journal du dimanche son ambition d’être élue à l’Elysée. Saisissant l’occasion, la représentante de l’extrême droite qualifie les déclarations de Gérard Collomb d’« extrêmement révélatrices » et affirme qu’Emmanuel Macron comptait créer un « Lampedusa français » – l’ancien maire de Lyon prétend avoir démissionné du gouvernement sur un différend lié au projet de « hot spot » pour faire transiter les migrants dans le sud de la France. Une réécriture de l’histoire, nie-t-on Place Beauvau.

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Vrai ou faux, le Lyonnais appuie là où le bât blesse. L’accostage de l’Ocean-Viking en France est devenu le symbole, aux yeux de la droite et de l’extrême droite, d’un pouvoir dépassé par la question migratoire. Que l’Elysée et le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, aient fait valoir l’urgence humanitaire avec la présence de 44 enfants, dont des « bébés », parmi les passagers du navire, ne change rien à l’affaire.

Chez Les Républicains (LR), le sénateur de Vendée Bruno Retailleau et le député des Alpes-Maritimes Eric Ciotti ont aligné leurs positions sur celles de l’extrême droite jugeant, pour le premier, que la « boîte de Pandore » avait été ouverte, et pour le second qu’une « faute lourde » avait été commise. Au-delà de ces deux figures briguant la direction du parti de droite, des représentants de LR, jugés parfois « Macron compatibles », attaquent tout aussi sévèrement la ligne régalienne du chef de l’Etat. « On envoie un message aux passeurs : leur petit trafic d’esclaves humains continuera », estime Philippe Juvin, député des Hauts-de-Seine, assurant se sentir « très bien » chez LR. « Le président barbote sur ces questions selon l’état de l’opinion », abonde le député des Vosges, Stéphane Viry.

« Ni la béatitude de LFI, ni la xénophobie du RN »

Les tenants de l’aile gauche de la majorité, rétifs à un accord formel avec LR qui ancrerait la Macronie à droite, espèrent qu’Emmanuel Macron maintiendra son cap sans céder. « Le gouvernement peut et doit rester droit dans ses bottes. Ce n’est pas parce que LR est dans une course à l’échalote qu’on doit s’excuser de remplir notre devoir humanitaire, juge Sacha Houlié, député de la Vienne pour le parti présidentiel et président de la commission des lois. On n’a pas d’état d’âme à avoir vis-à-vis de l’alliance espérée avec LR. Notre ligne est claire et ce n’est ni la béatitude de La France insoumise, ni la xénophobie d’Etat du Rassemblement national. »

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Le tir d’artillerie politique place toutefois le gouvernement sur la défensive, où des ministres pointent, sans oser le dire publiquement, la popularité menaçante de Marine Le Pen et la crispation de l’opinion vis-à-vis des étrangers, « y compris au sein de la gauche ». Sauver un bateau en détresse ne signifie pas accueillir à bras ouverts, tente-t-on de désamorcer à Beauvau. Au point que Gérald Darmanin affirmait, le 10 novembre, que les rescapés placés en rétention à Toulon n’étaient « pas légalement sur le territoire national »« Si on assume politiquement [d’accueillir les naufragés], on laisse entendre que c’est un précédent, reconnaît son entourage. On n’en veut pas d’autres. Il faut montrer qu’on ne déroule pas le tapis rouge. »

« Emmanuel Macron sait qu’une fois que les migrants auront posé le pied sur le sol français, la population aura le sentiment qu’ils n’en partiront jamais. Après l’affaire de la petite Lola et celle de l’imam Hassan Iquioussen, l’acronyme OQTF [obligation de quitter le territoire français] est passé dans le langage courant et est devenu le symbole de l’impuissance étatique », interprète Jérôme Fourquet, directeur du pôle opinion de l’IFOP, évoquant le meurtre de la fillette par une Algérienne qui aurait dû quitter la France et le cas de l’imam qui a échappé aux forces de l’ordre alors qu’il devait être expulsé.

Mardi, lors des questions au gouvernement à l’Assemblée nationale, Gérald Darmanin a bien précisé que 44 des 234 rescapés se sont déjà vus opposer un refus à leur demande d’asile. Ils seront reconduits dans leur pays d’origine « dès que leur état de santé » le permettra, a ajouté le ministre de l’intérieur. Deux tiers des autres rescapés devraient être répartis entre onze pays européens.

Lire aussi l’entretien : Article réservé à nos abonnés Darmanin et Dussopt sur le projet de loi « immigration » : « Nous proposons de créer un titre de séjour métiers en tension »

Le climat politique à vif laisse peu de place aux nuances. L’immigration n’est pas faite d’un bloc, ont pourtant expliqué Gérald Darmanin et Olivier Dussopt, ministre du travail, dans un entretien au Monde le 2 novembre, en proposant de créer un titre de séjour « métiers en tension ». Une ligne distinguant les ressortissants étrangers intégrés, qui pourraient être régularisés plus facilement, et ceux qui font l’objet de mesures d’expulsion du territoire. Mais l’offensive de la droite et de l’extrême droite, qui considèrent que faciliter la vie des étrangers en France constitue une « pompe aspirante », pousse l’exécutif à présenter le projet sous un jour plus ferme.

Le texte a beau avoir été salué par le sénateur LR François-Noël Buffet et par Patrick Stefanini, ancien directeur de campagne de Valérie Pécresse apprécié d’Eric Zemmour pour son livre sur l’immigration, « Darmanin veut qu’il ait l’air moins cool », lâche un ministre. Ce projet doit être une pierre à l’édifice de l’ancien maire de Tourcoing (Nord), convaincu qu’il faut « parler aux tripes des Français » pour échapper à l’élection d’un pouvoir nationaliste et autoritaire.

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« La vérité, c’est que nous avons fait preuve d’humanisme [avec l’Ocean-Viking] quand vous faites de la politique politicienne. Vous n’êtes pas aptes au pouvoir car vous n’êtes pas aptes à prendre des décisions difficiles en regardant les Français dans les yeux », s’est défendu Gérald Darmanin, mardi, à l’Assemblée nationale, en réponse à la députée RN du Var Laure Lavalette. Le pouvoir exécutif avait toutefois tenté d’éviter ce sauvetage en menant le bras de fer avec l’Italie trois jours durant, jusqu’à la dernière minute.

 


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