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Sourxce : filfax - Maryse BUNEL - 28/2/2018

C’est un sentiment de colère qui anime les travailleurs sociaux des centres d’hébergement d’urgence à Rouen depuis les premières visites effectuées dans le cadre de la circulaire Collomb. Les salariés du foyer de l’abbé Bazire ont décidé de ne pas ouvrir la porte aux équipes mobiles de la préfecture.

Ils ne peuvent plus rester silencieux. Il y a tout d’abord eu la publication de la circulaire Examen des situations administratives dans l’hébergement d’urgence dite Collomb le 12 décembre 2017. Un document émis par le ministère de l’Intérieur qui prévoit le recensement des migrants par des « équipes mobiles » dans les centres d’hébergement d’urgence. Il a suscité un véritable émoi chez les travailleurs sociaux qui le jugent « discriminatoire » et « contraire à la loi de l’hébergement ». Ils craignent pour « les personnes déboutées, celles qui n’ont plus de papier. On peut les inciter à partir. On peut aussi les arrêter à la sortie du foyer. C’est très malsain. On cible, on fait la distinction entre les bons et les mauvais migrants, entre les uns qui ont leur place et les autres qui ne l’ont pas », s’inquiète Étienne Muller des Liens et membre de Sud Santé Sociaux 76. Autre point soulevé : l’ambiguïté du texte du ministère de l’Intérieur. « Les résidents vont aux visites de manière volontaire. Mais jusqu’où cela peut aller ? Aujourd’hui, nous ne savons pas. Le dispositif peut devenir coercitif ».

Les portes resteront fermées

Après les écrits, les actes… A Rouen, des contrôles ont été effectués à la résidence Les Cèdres, dans les locaux de Carrefour des solidarités, au Comité d’action et de promotion sociale et à l’Armée du Salut. « La première visite a eu lieu à l’association Emergence(s) le 10 janvier, le jour de la venue de Gérard Collomb à Rouen lors de ses voeux à la police. L’objectif était de présenter la circulaire. En fait, il ne s’agissait pas seulement d’une simple information mais bien la mise en place du dispositif », indique Étienne Muller. Autour de la sous-préfette se trouvaient deux responsables de l’Office français de l’immigration et de l’intégration, un représentant de la direction départementale de la cohésion sociale. « Ils sont ensuite venus aux Cèdres le 8 février et rencontré les résidents dans ce que nous appelons le chalet, l’endroit dans lequel les familles se retrouvent. C’est un symbole ».

Les salariés du foyer de l’abbé Bazire à Rouen vont plus loin. Ils viennent de signer une lettre dans laquelle ils annoncent leur refus « aux équipes mobiles d’intervenir au foyer Bazire. Nous informerons les résidents de la non-obligation de répondre à la convocation. Nous ne donnerons pas la liste de noms permettant une rencontre de personnes hébergées dans un autre lieu ni ne les accompagnerons ».

Une mission remise en cause

Pour les travailleurs sociaux, il n’y a pas de doute : leur mission, celle de protéger les plus faibles, est pointée du doigt. « Nous sommes inquiets pour notre travail. Tous ces gens qui méritent d’être accompagnés, ont besoin de nous pour être orientés. Il est impensable de stigmatiser les personnes pauvres. On nous dit que cette circulaire doit débloquer des situations. Or, c’est la préfecture qui les bloque. On nous dit aussi qu’il faut faire face aux manques de places dans les centres d’hébergement. Est-ce la solution de remettre les migrants à la frontière ? Le réel problème, ce sont les restrictions budgétaires, le délabrement des foyers, la diminution des moyens. C’est permanent », s’insurge le travailleur social des Liens.
L’heure est à la mobilisation pour les professionnels du secteur social qui veulent continuer à défendre des valeurs et préserver la dignité de chacun.

 


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