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Source : L'Obs - P.L. - 24/4/2018

Un dissident politique du Darfour, expulsé par la France fin 2017, affirme notamment avoir été électrocuté, battu et frappé avec des tuyaux en métal pendant dix jours.

En Belgique, c'est un scandale. En France, le silence est... assourdissant. Dans une grande enquête, publiée dimanche 22 avril, le "New York Times" révèle que des demandeurs d'asile soudanais renvoyés par la France, l'Italie et la Belgique, ont été torturés à leur retour dans leur pays.

Une enquête de Streetpress, publiée en octobre dernier, révélait déjà que la police française collaborait étroitement, et depuis 2014, avec la dictature soudanaise, et favorisait "le renvoi à Khartoum d'opposants politiques réfugiés en France". Le titre de Streetpress parlait de lui-même : "Comment la France a livré des opposants politiques à la dictature soudanaise".

Le quotidien américain a de son côté retrouvé des demandeurs d'asile et a publié les témoignages de quatre d'entre eux. Ils ont été arrêtés dès leur retour puis torturés par le régime soudanais. Un dissident politique du Darfour expulsé par la France fin 2017, affirme ainsi avoir été électrocuté, battu et frappé avec des tuyaux en métal pendant dix jours. Il affirme qu'avant son expulsion, des officiers de police soudanais l'ont menacé en présence d'officiers français :
"Je leur ai dit : 'Ils vont nous tuer', mais ils n'ont pas compris."

Des policiers soudanais dans des centres de rétention

Interrogé par le "New York Times", le régime du général Omar el-Béchir dément. Le dictateur, qui dirige depuis 28 ans le Soudan, est visé par un mandat d'arrêt en 2008 de la Cour pénale internationale pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, comme le rappelle "le Journal du dimanche".

Comme l'écrit le quotidien américain, la Belgique, la France et l'Italie ont autorisé des "officiels soudanais" à pénétrer dans leurs centres de rétention et à interroger des demandeurs d'asile soudanais. Ces "officiels" étaient en réalité des policiers soudanais. Selon le "New York Times", les entretiens dans les centres de rétention entre les "officiels" soudanais et les demandeurs d'asile se seraient faits "en l'absence de fonctionnaire capable de traduire les propos échangés".

En Belgique, les révélations sur les expulsions de demandeurs d'asile soudanais ont provoqué de vives tensions. En septembre dernier, le Premier ministre belge Charles Michel a reconnu devant une commission d'enquête de son Parlement que les polices de plusieurs pays européens collaboraient étroitement avec la dictature soudanaise d'Omar el-Béchir. 

P.L.


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