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Source : France Inter - Charlotte Piret - 25/5/2018

 

Depuis environ trois ans, les filières de prostitution venues du Nigéria sont au coeur des affaires de proxénétisme jugées en France. En ce moment, deux procès de filières nigérianes se tiennent devant le tribunal correctionnel de Paris, dont l'un des plus gros réseaux jusqu'à présents démantelés.

Ils sont 16 dans le box et sur les bancs des prévenus. Des femmes pour la plupart, majoritairement la trentaine : ce sont les "Authentics sisters", du nom de leur association.  Les enquêteurs ont dénombré une cinquantaine de leurs victimes, même si seules sept d'entre elles se sont portées parties civiles dans ce procès.  Au coeur de cette filière : deux couples, qui faisaient venir des jeunes femmes du Nigeria, pour les prostituer ici en France, selon un système bien rodé, qui répète de dossier en dossier.

Me Vanina Méplain est avocate et vice-présidente de l'association Equipe d'Action Contre le Proxénétisme (EACP) qui déjà s'est portée partie civile dans 13 affaires similaires depuis 2 ans : 

"C'est toujours de très jeunes femmes, issues de le même ville au Nigéria, Bénin City qui sont vendues, souvent par leur propre mère et souvent en connaissance de cause, à des réseaux de proxénétisme. Il y a une espèce de cérémonie vaudou qu'on appelle la cérémonie du juju où on vous prend un peu de poils pubiens, de sang, de cheveux. On vous maraboute un peu tout ça. Et on vous fait croire que vous avez une dette entre 30 000 et 60 000 euros. Et si vous ne faites pas ce qu'on vous dit, si vous de remboursez pas cette dette ,les pires malheurs vont arriver à vous et votre famille"

La prostitution pour rembourser sa dette

Pour rembourser leur dette, elles se prostituent dans des appartements pour les mieux loties, dans des camionnettes au bois de Vincennes, sur les trottoirs du quartier parisien de Château-rouge  ... mais aussi les cages d'escaliers des foyers de travailleurs. Là, la passe est alors tarifée 10 euros. 10 euros pour arriver à ... 50 000 euros. 

Mais en plus, ces jeunes femmes, sans éducation pour la plupart, ne parlant pas français, dont les seuls liens ici sont ceux du réseau, sont aussi priées de débourser autour de 300 euros pour se loger - entendez un matelas sur le sol - ainsi que participer aux factures et aux courses.

Pour arriver jusqu'à Paris, elles passent par la Libye, risquent leurs vie en traversant la Méditerranée.  Certaines sont mineures, d'autres vierges - elles sont alors violées avant d'être mise sur le trottoir.  Certaines ignorent ce qui les attend - "on m'a dit que j'aurais une vie meilleure", raconte l'une d'elle à la barre.  Certaines tombent enceinte, on les fait avorter, de manière artisanale. D'autres se plaignent de douleurs insupportables.  Et si elles ne rapportent pas assez d'argent, alors on les violente. Et puis, on s'en prend à leur famille au Nigeria  via, les sorciers Ayelalas.

La justice passe, mais ne suffit pas

A la barre Jennifer, chemise à carreau sur pantalon noir, cheveux remontés en chignon raconte son arrivée en France à 19 ans. Depuis, elle a remboursé 30 000 euros. Elle en doit encore 20 000. Qu'importe si ses proxénètes font partie des prévenus. "Je dois toujours de l'argent car on met la pression sur ma famille", explique-t-elle. Via les croyances bien ancrées dans le rite juju : "si je ne rembourse pas, je vais devenir froide, je n'aurais pas d'enfants", raconte celle qui est aussi devenue la proxénète d'une autre :  Joy, dont les 35 000 euros de dette l'aide à rembourser la sienne.

Un cycle infernal qui fait des prostituées victimes les futures mère maquerelles.  Qui permet aussi, dès que les têtes de réseau tombent, dès que les condamnations sont prononcées, que d'autres prennent le relais.

 


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