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Source : Le Monde - Pierre Bouvier - 6/6/2018

Depuis des mois, les exilés se sont regroupés dans le nord-est de la capitale, près du canal Saint-Martin et à la porte de la Chapelle.

« Dès que possible. » Après avoir lancé, mercredi 30 mai, le démantèlement du campement de migrants dit du Millénaire, à Paris, le préfet de la région Ile-de-France, Michel Cadot, avait annoncé que les forces de l’ordre évacueraient, dans la foulée, les deux autres grands camps de la capitale. Le coup d’envoi de cette opération, la 36e depuis la constitution des premiers campements en juin 2015, a été donné, lundi 4 juin, au matin.

 

En fin de matinée, Didier Leschi, directeur général de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII), annonçait que 973 personnes ont été mises à l’abri. A Jaurès, 555 hommes majeurs et 40 personnes vulnérables (couples, femmes isolées, familles, mineurs isolés) ; à Poissonniers, 360 hommes majeurs et 18 personnes vulnérables.

Originaires essentiellement d’Afghanistan, les migrants du canal Saint-Martin étaient installés dans des tentes depuis plusieurs mois, non loin de la place Stalingrad qui avait vu des campements sauvages se reconstituer à plusieurs reprises en 2017.

« L’opération s’est déroulée dans le calme, aucun incident n’est à déplorer », dit la préfecture dans un communiqué. « Chacune des personnes concernées s’est vue proposer une solution d’hébergement temporaire en Ile-de-France et pourra bénéficier d’un diagnostic social et sanitaire. Elles feront par la suite l’objet d’un examen complet et approfondi de leur situation administrative par les services de l’État ».

Amine, un riverain de la rue des Poissonniers observe de loin l’opération qui se déroule à proximité : « C’est la 5e. La préfecture a installé une caméra pour jauger la taille du camp », indique-t-il avant d’indiquer que, les fois précédentes, « ceux qui montaient revenaient quelques jours après ».

La semaine dernière, la maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, avait exhorté l’Etat à « reconstruire » un centre d’accueil dans la capitale afin d’« éviter de nouveaux campements de rue ». « Il faut mettre en place un dispositif pour éviter le chaos », avait-elle alors plaidé. Le centre de premier accueil, situé porte de la Chapelle et qui servait de « sas » aux migrants depuis novembre 2016, avait été fermé début mai pour laisser place à une future université.

« Je crains que le démantèlement ne change rien dans le quartier si la réponse apportée n’est pas une réponse durable, à savoir l’organisation d’un accueil concerté, à l’échelle de toute la région et en France sur tout le long “la route migratoire”, de Nice à Calais, dans des centres d’accueil à taille humaine », estime Pierre Liscia élu LR dans le 18e arrondissement. L’élu évoque le cas de Fontainebleau par exemple, où le centre a été ouvert en concertation parfaite avec les élus, les riverains, les associations et les services de l’Etat, et où les choses se passent très bien.

Il ajoute : « Les Français n’ont pas peur des migrants, ils ont peur des campements sauvages de migrants ! En tant qu’habitant de La Chapelle je sais de quoi je parle depuis 4 ans… »

Le bilan de l’évacuation du Millénaire

Au lendemain du démantèlement du camp du Millénaire, l’Office français de l’immigration et de l’intégration (OFII) avait détaillé sa composition : sur 1 017 personnes prises en charge, l’organisme a dénombré 53 % de Soudanais, 14 % d’Erythréens, 7 % de Somaliens, 5 % de Tchadiens et 5 % d’Afghans. Parmi les 33 nationalités recensées se trouvent aussi deux Français, deux Espagnols, un Belge et un Portugais.

Surtout, 10 % des personnes évacuées avaient déjà le statut de réfugié, moins de 1 % ont été déboutées de leur demande, et 25 % ne sont pas encore dans la procédure d’asile. Le reste, soit près de 65 %, sont des demandeurs d’asile qui ont déjà engagé une procédure auprès de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) ou des « dublinés », c’est-à-dire ayant laissé une trace dans un autre pays européen.

Didier Leschi, le directeur général de l’Ofii, note que « certains qui ont été mis à l’abri la semaine dernière à Val Fontenay sont revenus ici. On a des afghans qui ont déjà le statut de réfugiés. Le vrai problème est leur insertion dans la société ».

Une personne sous statut « Dublin » dépend du premier pays de l’Union où elle a laissé une trace pour le traitement de sa demande d’asile. La réglementation prévoit son transfert vers ce pays dans un délai de six mois – dix-huit mois si elle a été déclarée en fuite. Après quoi elle peut redéposer une demande en France.

L’opération de lundi intervient alors que le projet de loi de Gérard Collomb durcissant les conditions d’asile et d’immigration a commencé à être examiné au Sénat.

Yann Manzi, d’Utopia 56, association d’aide aux migrants affirme que l’Etat procède comme à Calais : « Il ne veut plus de point de fixation, quand les migrants sont dispersés, il est plus facile de les récupérer ».

 


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