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Source : Le Canard Enchainé - Dominique Simonnot - 13/6/2018

La gestion des “dublinés”, enregistrés dans leur pays d’arrivée, permet de “soigner” les chiffres des migrations.

Les expulsions d’étrangers sont en hausse : le ministre de l’Intérieur a annoncé, le 30 mai, ce bilan triomphal, en présentant sa loi Asile et Immigration aux sénateurs. Déjà 5 000 départs forcés en 2018 — soit une aligmentation de 9 % par rapport à l’an dernier. Pourtant, Collomb ne pavoise pas; il reste en deçà de ses objectifs. Pour soigner ses statistiques, il dispose toutefois d’une arme secrète : la gestion des « dublinés ».

Gens de Dublin

Ces réfugiés sont « régis » par une convention signée naguère dans la capitale irlandaise. Débarqués dans un pays d’Europe, ils y ont laissé leurs traces, leurs empreintes digitales et y ont parfois rempli une demande d’asile. Si, par la suite, ils se retrouvent en France, ils peuvent à tout moment se voir réexpédiés vers ce pays d’enregistrement. Les dublinés seraient 41 000 en France, dont 5 500 enfants accompagnant leurs parents.

De Calais à Paris, ces damnés de l’Europe sont légion dans les campements. Pour expulser, il suffit de taper dans le tas. Les démantèlements facilitent les choses. Car, après avoir vécu au milieu des rats et des déchets, les réfugiés doivent donner des gages pour être mis à l’abri : leurs empreintes, entre autres. Et tac ! fichier européen ; et hop ! voilà des dublinés renvoyés en Suède, en Finlande, en Allemagne, en Italie. .. Le 30 mai, devant les sénateurs, Collomb s’est vanté de « 60 % de dublinés transférés (mot pudique pour “expulsés”) en plus depuis le début de 2018 ». Soit 950, contre 600 début 2017.

En revanche, le ministre de l’Intérieur s’est gardé de communiquer le chiffre de ceux qui sont revenus par leurs propres moyens. Rien non plus sur les chanceux qui nous ont été adressés par nos amis européens. Dommage : ça montre un peu les limites du système. « L’an dernier, nous en avons renvoyé 3 000, et l'UE nous en a renvoyé... 3 000 », a fait remarquer un député socialiste lors des débats. En 2016, 1 293 dublinés (chiffre officiel) ont été « transférés » de France et 1 257 nous ont été renvoyés.
Cette année, 3 O00 d’entre eux, à en croire un rapport sénatorial, entrent en France chaque mois — « officiellement » ou non. Une partie de ceux qui ont été expulsés en Italie auraient dû y voir leur demande d’asile examinée, mais, à la place, ils ont reçu une obligation de quitter le territoire, » raconte Gérard Sadik, spécialiste Dublin à la Cimade. Alors ils sont revenus ici, où la procédure Dublin devrait se réenclencher. Sauf que leur retour est un motif pour les placer en rétention... » Et les réexpédier à Rome.

Ping-pong de réfugiés

Cette ronde infernale et absurde fait l’objet de nouvelles discussions au sein de l’UE. En attendant ce « Dublin IV », qui n’a pas l’air d’être près d’aboutir, la France redouble d’efforts. Ainsi, les flics peuvent intervenir dans les foyers Adoma (ex-Sonacotra), où les dublinés sont assignés à résidence, afin de les faire pointer. Ceux qui ne répondent pas aux convocations sont immédiatement placés en catégorie « risque de fuite », prélude à l’expulsion du centre, voire au « transfert ».
Las de jouer les balles de ping-pong, ces migrants, il y quelques années encore, brûlaient leurs doigts pour en effacer les empreintes. Plusieurs fois, une journaliste du « Canard » a vu des hommes s’y employer, sur du charbon ou du métal brûlant. Mais le stratagème ne sert plus à rien : des machines reconstituent ces lignes effacées. «Avec Dublin, les réfugiés perdent toujours ! » constate Gérard Sadik. Après avoir bravé mille morts pour poser le pied en Europe...

Dominique Simonnot

 


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