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Pauvreté, immigration, assistanat, fraude... : cassons les idées reçues

Article publié dans Feuille de route n°418 (juin 2012)

Les personnes en situation de pauvreté et les personnes étrangères sont devenues un enjeu des derniers débats de notre campagne électorale. Comme elles n’ont guère de droit de réponse, de nombreuses idées fausses sur elles s’installent sans être corrigées.
Contribuons à ce que l’opinion publique ne se construise pas des représentations erronées qui mettraient en danger durablement le respect de l’égale dignité de chacun, l’estime que nous nous devons les uns aux autres et notre capacité à vivre ensemble [1].

Non, les pauvres ne font pas des enfants pour les allocations

Une famille proche du seuil de pauvreté s’appauvrit encore plus lorsqu’elle s’agrandit. Par exemple, le seuil de pauvreté pour une famille de deux enfants est 2003 € mensuels (soit 954 € seuil de pauvreté à 60% du revenu médian x (1+0,5+0,3+0,3)). Supposons que cette famille ait 2100 € de revenus (y compris allocations familiales). Si un nouvel enfant survient, son seuil de pauvreté deviendra 954 € x (1+0,5+0,3+0,3+0,3) = 2290 €. Ses revenus seront augmentés de 161 € d’allocations familiales, soit 2261 €. Elle passera alors sous le seuil de pauvreté. Pour tout nouvel enfant, le revenu de la famille (en l’absence d’autre variation de revenu) s’élèvera de 161 € d’allocations familiales, et son seuil de pauvreté s’élèvera de 0,3x954 € soit 286 €. C’est ainsi que l’on décourage les familles pauvres d’avoir des enfants…

Non, l’immigration ne coûte pas à la France. Elle l’enrichit

L’immigration coûte chaque année 48 milliard d’euros à la France en prestations sociales, mais elle lui rapporte 60 milliards d’euros en impôts et cotisations sociales (source ministère de la Santé et Université de Lille-II, voir http://bit.ly/Ifs8Zo). La population immigrée est plus jeune et en meilleure santé que les autres habitants de la France ; elle contribue ainsi au financement des retraites. En moyenne, la contribution nette de chaque immigré (différence entre ce qu’il verse et ce qu’il reçoit en impôts et cotisations sociales) est de l’ordre de 1500 € par an. Voir "Migrations et protection sociale : étude sur les liens et les impacts de court et long terme" (ministère de l’Emploi, 2010, http://bit.ly/wo0Jxt), ainsi que www.telos-eu.com/fr/article/…. Bien sûr, l’apport de l’immigration à notre pays ne se limite pas à cet aspect comptable. Il est surtout humain, culturel, scientifique, artistique, etc.

Non, la part d’étrangers n’augmente pas d’année en année en France

Leur part dans la population était de 6% en 1926, 6,3% en 1990 et 5,8% en 2008 (Insee http://bit.ly/e9LFc)

Non, la France n’est pas un des pays qui accueillent le plus d’immigrés

« La France est le pays d’Europe dont la croissance démographique annuelle dépend le moins de l’immigration » (« Cinq idées reçues sur l’immigration », INED pour l’année 2001). En 2010, la part des personnes immigrées sur la population totale s’élevait à : Autriche (16 %), Suède (14 %), Espagne (14 %), États-Unis (13 %), Allemagne (13 %), France (11 %) [2], Pays-Bas (10 %), Royaume-Uni (10 %), Belgique (9 %), Italie (7 %) (source INED, http://bit.ly/hK5Qrp).

Non, les familles immigrées ne font pas beaucoup plus d’enfants

« Dans la période 1991-1998, le nombre moyen d’enfants par femme était de 1,65 pour les seules françaises natives. Les femmes immigrées avaient en moyenne 2,2 enfants (« Cinq idées reçues sur l’immigration », INED, 2004)

Non, les étrangers ne profitent pas facilement des minima sociaux

Il faut être en possession d’un titre de séjour et d’une carte de travail depuis au moins cinq ans pour bénéficier du Revenu de Solidarité Active (RSA) si l’on est natif d’un pays extérieur à l’Union européenne.

Non, les étrangers n’augmentent pas la délinquance

12,7% du nombre de condamnés sont étrangers (source : ministère de la Justice), alors qu’ils représentent 8% de la population de la France. L’écart n’est pas si important que veulent le faire croire certains hommes politiques.

Non, les pauvres n’échappent pas aux impôts

Les plus pauvres peuvent parfois se faire exonérer de charges et d’impôts, mais il faut effectuer beaucoup de démarches avant d’obtenir ces exonérations et il faut les renouveler régulièrement. La Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) représente la moitié des recettes de l’État et les pauvres la paient comme tout le monde sur chaque produit ou service qu’ils consomment.

Non, les Roms ne sont ni des fainéants, ni des tricheurs

Tout est fait en France pour que les Roms de Roumanie et de Bulgarie n’aient pas le droit de travailler : une « période transitoire » les empêche d’avoir les mêmes droits que les autres européens avant fin 2013. Pour travailler, ils doivent disposer d’une autorisation de travail. Les délais d’obtention sont de 3 à 6 mois à partir d’une promesse d’embauche à temps plein. Le plus souvent, l’employeur ne peut attendre et embauche quelqu’un d’autre. Le 26 octobre 2009, la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (HALDE) a demandé au gouvernement qu’il mette fin à cette période transitoire, ainsi que la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme (CNCDH), dans un avis adopté le 22 mars 2012.

Travail réalisé par ATD Quart Monde et la MRIE, Mission Régionale d’Information sur l’Exclusion en Rhône-Alpes.

Pour accéder à toutes les idées reçues : www.atd-quartmonde.fr/ideesrecues

 

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