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Paris, le 31 Mars 2010

 

Son Excellence Monsieur le Consul Général

 

L’indifférence que vous avez affichée ne me laisse pas d’autre choix que de vous adresser une lettre ouverte pour protester vivement contre le tort que vous avez causé à ma mère et à moi-même.

Mon histoire est la suivante. Ma mère a déposé une demande de visa de court séjour pour venir assister à ma soutenance de thèse de doctorat en droit à Paris. La soutenance était initialement prévue le jeudi 7 janvier 2010. Après avoir déposé son dossier le 30 décembre 2009, vos services lui ont donné rendez-vous le 4 janvier, vu qu’elle avait fait une réservation pour le 5 janvier 2010.

Le moment venu, elle s’est vue refuser le droit d’aller assister à la soutenance de thèse de son fils.

Le rendez-vous du 7 janvier n’eut hélas pas lieu. La nature s’en est mêlée, empêchant un avion qui devait transporter un membre du jury de décoller de Toulouse car il y avait une intempérie de neige. La soutenance fut reportée au jeudi 28 janvier 2010.

Ma pauvre mère reconstitua un dossier, en espérant que le coup du sort qui a fait reporter ma soutenance du 7 janvier allait produire le coup de miracle qui fera en sorte qu’elle puisse assister son fils en étant présente à ses côtés, le jour de sa soutenance de thèse.

Un rendez-vous est à nouveau pris pour le 19 janvier et le 21 janvier vos services lui ont encore dit non malgré toutes les dispositions qu’on a prises, malgré le fait qu’elle ait été invitée par l’Ecole doctorale de mon université, malgré toutes les garanties que nous vous avons données.

Son Excellence Monsieur le Consul, en vertu de quelle logique une mère n’a-t-elle pas le droit d’assister à la soutenance de thèse de son fils ?

Votre refus injuste et injustifié signifie qu’elle n’est pas digne de fouler le sol français pour assister à un événement qu’elle attendait depuis plus de huit ans.

Votre comportement traduit l’idée qu’une mère française serait plus mère de son enfant que ne l’est une mère sénégalaise, une mère africaine.

Si vous nous avez traité de la sorte, c’est parce que nous appartenons à un pays pauvre. Mais la pauvreté n’est pas une tare et une mère issue d’un pays pauvre a le droit d’aller voir son fils pour une si bonne raison. De toute façon, une mère a toujours le droit de rendre visite à son enfant sans avoir à fournir de motif.

Son Excellence Monsieur le Consul, la liberté d’aller et de venir est un droit universel, comme aménagé dans l’article 13 alinéa 2 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme du 10 décembre 1948 qui dispose : « Toute personne a le droit de quitter tout pays, y compris le sien, et de revenir dans son pays ».

Quand je pense que la France a la prétention d’aller enseigner aux peuples du monde entier ce que c’est que les droits humains parce qu’elle serait le pays des droits de l’Homme, permettez-moi de vous dire que c’est une bien regrettable façon de donner l’exemple.

Être issu d’un pays pauvre est certes un handicap, ce n’est point une tare. Etre ressortissant d’un pays riche est certes un avantage, en aucun cas un mérite. Surtout quand on sait que la France a été construite avec, aussi, la force des fils d’Afrique, qui ont défendu l’honneur de votre patrie en versant leur sang. Je passe sur nos ressources et nos richesses qui ont été pillées par qui vous savez.

Il n’est pire forme de mépris que de dire à une personne qui vient demander un visa à vos services, « nous refusons, nous ne vous disons pas pourquoi et vous n’avez pas à demander pourquoi non plus ». Le pouvoir discrétionnaire dont se prévalent vos services pour refuser toute justification et toute explication ne saurait justifier le mépris et l’humiliation. Votre politique en la matière gagnerait à avoir plus d’humanité, de logique, de panache et de grandeur.

Vous avez humilié une mère, vous avez blessé et frustré son fils qui, au soir du 28 janvier 2010, a trouvé que son grade de docteur avait un goût amer parce qu’il aurait légitimement aimé avoir sa mère à ses côtés. Cette façon de rabaisser tout un peuple en leur montrant chaque jour que vous ne voulez pas d’eux chez vous ne grandit point la France.

Peut-on sérieusement croire qu’une femme de 62 ans risque d’émigrer en France en laissant ses enfants, son domicile et tous ses proches au Sénégal ?

Mieux, ce n’est point élégant de pendre les 40 000 FCFA des gens (environ 60 euros) sans les leur rembourser si vous savez au moment même du dépôt du dossier que vous n’avez pas l’intention d’honorer leur demande. Vous vous dites sans doute que vous allez décourager les pauvres Africains en tapant sur le portefeuille.

Mais, Son Excellence Monsieur le Consul, nous avons, comme tous les peuples du monde le droit de voyager, de découvrir, de visiter. Ce n’est pas un privilège qui est réservé aux Français et aux riches.

Vous savez Monsieur le Consul, la roue de l’histoire, elle tourne et un jour viendra, sans doute, où les choses changeront.

Il nous suffit d’avoir des dirigeants respectables et pas complexés pour défendre nos droits et notre honneur. On ne l’attend certainement pas de ceux qui nous gouvernent aujourd’hui !

Permettez-moi de vous laisser méditer cette phrase de Montesquieu : « Si je savais une chose qui fut utile à ma nation mais nuisible à une autre, je ne la proposerais pas à mon Prince parce que je suis homme avant d’être français, parce que je suis (nécessairement) homme mais je ne suis français que par hasard ».

Être homme est la constante qui nous unit et qui devrait nous réunir ; être Européens, Africains, Français ou Sénégalais est le fruit du hasard !

Son Excellence Monsieur le Consul, tous les peuples ont une égale dignité, et priver une mère du plaisir d’assister à la soutenance de thèse de son fils sans aucun motif, sans aucune raison, juste pour le plaisir est un acte qui n’honore pas la France.

Je vous prie de croire, Son Excellence Monsieur le Consul, à mon sentiment de respect pour l’HOMME que vous êtes.

 

Ibrahim GUEYE

Docteur en droit- Paris

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