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Source : Mediapart - S CHICHE - 28/11/2019

J’avais vu des amis les accueillir. Mais, vivant seule, je me posais un milliard de questions. J’ai reçu toutes les réponses après une rencontre avec Sophie, initiatrice de l’Asso MIGR’ACTION qui, un soir d’hiver 2018, reçoit l’appel d’un exilé transi de froid à Calais parce que les flics ont jeté à la benne sa tente et toutes ses affaires.

J’avais vu des amis les accueillir. Mais, vivant seule, je me posais un milliard de questions. J’ai reçu toutes les réponses après une rencontre avec Sophie, initiatrice de l’Asso MIGR’ACTION qui, un soir d’hiver 2018, reçoit l’appel d’un exilé transi de froid à Calais parce que les flics ont jeté à la benne sa tente et toutes ses affaires. Pour ne pas mourir d’hypothermie, il s’est mis à marcher durant toute le nuit. Sophie et son mari sont allés le chercher et c’est comme ça que l’Asso a démarré.

BRAVO à eux !

Après cette rencontre et lecture de la charte d’accueil, j’avais compris comment m’organiser. J’ai fait appel à mon réseau pour rassembler leurs surplus de vêtements, chaussettes, chaussures…

Merci à vous de vous être mobilisés !

Le samedi, jour J, un Soudanais et un Erythréen de 20 et 22 ans entrent à la maison. Je leur montre leur chambre et la salle de bain. Ils sont gênés et stressés. Pour alléger l’ambiance, je lance « UB40 » surement par intuition qu’ils aiment le reggae. Bingo, ils adorent ! Un sourire prend place sur leurs visages : « Good music ! »

Ils se lavent et me laissent tous leurs habits pour lessive. Ils se servent des vêtements offerts par mes amis.

Nous passons à table. La harissa et les épices sont de mise dans la soupe, les lasagnes aux légumes et le poulet. La tarte aux pommes et le thé finissent d’alimenter leurs mines.

A travers la baie vitrée de la cuisine, ils remarquent la mouette en bois placée sur le châssis de fenêtre. Ils me racontent alors comment ils doivent chasser les mouettes qui viennent picorer leurs restes. Nous décidons de l’appeler Marcelle et l’installons dans leur chambre. Ils trouvent cela drôle.

Je dois m’en aller répéter pour le spectacle des douches musicales au théâtre Massenet. Volontaires pour venir écouter, des amis se proposent d’aller les chercher.

Je réserve leurs places. Pas question qu’ils offrent leurs siègent à d’autres. J’y veille. Ils sont là le temps d’un week-end et j’entends bien qu’ils s’y plaisent.

Ils ferment les yeux et écoutent nos chants. Instant magique qui m’émeut de les voir se détendre.

Merci les « Chauffe Marcelle »!

Nous rentrons tous ensemble avec des amis pour partager un bon diner. Ils sont fatigués. Mon ordinateur à disposition, ils regardent un film bien installés au chaud dans leur chambre. Quant à nous, nous finissons la soirée dans un bar à Rock à Billy.

Le lendemain, petit-déj assez tard. Nous décidons d’allumer le poêle à bois et de jouer à un jeu de société. Comme une idiote de « bobo privilégiée », je leur demande s’ils savent allumer un feu. Ils me regardent avec raillerie tournant en dérision ce qu’ils vivent dans cette jungle hostile à notre constitution.

Durant le jeu, nous implorons vainement le nain de jardin de nous aider à gagner. C’est la franche rigolade car il semble qu’il n’y ait pas ces étranges statuettes en Érythrée ou au Soudan.

Sous la chaleur de feu, nous déjeunons de toutes les protéines nécessaires à leur survie.

Nous prenons ensuite le bus pour voir des amis swinguer à la « Maison Folie ». J’ai peur sur la route d’un éventuel contrôle de flics.

Enfin arrivés, l’un d’entre eux ne doit pas se faire prier pour danser.

Je contemple l’innocence spontanée de ses vingt ans, même s’il a déjà des cheveux blancs. Je pense aux conditions dans lesquelles ils vivent dans cette ville hostile. A ces homicides latents que les CRS leur infligent. Je les image courir après un camion pour atteindre ce havre de paix anglais. Je vois leurs regards s’éteindre après un contrôle de police. J’angoisse malgré la musique de Gershwin.

Nous rentrons par le bus. Moment ensemble où nous regardons l’architecture des monuments de Lille. L’un d’entre eux, très curieux, me pose beaucoup de questions. Il compare avec les constructions des colonies françaises en Afrique… no comment.

Arrivés à la maison, je les sens chez eux.

Je leur prépare à manger accentuant la ration de légumes et viande dans leurs assiettes. Comme une « Top Cheffe » au super pouvoir de les projeter au-dessus de la Manche à grand coup de fourchette. C’est trop, ils n’ont plus l’habitude de manger autant.

Nous évoquons leur retour du lendemain. L’un d’entre eux est contrarié par l’échéance. Il me demande un sachet en plastique car son sac a été grignoté par des rats. Je suis épouvantée. Je lui offre un sac à dos et le remplissons de pulls, chaussettes, collants, jogging et puis ma tente de rando qui lui fera plus de bien qu’à ma sciatique.

Ils sont moins loquaces que la veille. Je les laisse savourer cette dernière nuit bien au chaud à l’abris de toutes répressions.

Le lendemain, je les réveille au dernier moment. Anne, notre chauffeur vient les chercher pour les ramener à Calais.

Je me sens mal. Seule. Où seront-ils la nuit prochaine ? La semaine prochaine ? Le mois prochain ? L’année prochaine ?

Je leur espère une résilience à toutes ces atroces souffrances infligées par nos dirigeants.

Et, comme tous les « Justes » de mon pays, je rouvrirai ma résidence.

Pour plus d’info sur MIGR’ACTION : https://www.facebook.com/groups/1764253233883265/

 

Sophie CHICHE

Saint ANDRE lez LILLE

 

 


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