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Source : Michel DAGRAS - 4/6/2018

Cher Monsieur,

J’ai découvert avec émotion la séquence filmée de votre escalade de la façade où, au quatrième étage, un bambin agrippé à la rambarde d’un balcon, risquait une chute mortelle. Votre courage physique joint à l’appréciation lucide de la situation et votre rapidité d'exécution permirent un sauvetage in extremis du petit. Sur le trottoir, les témoins devenus supporters, ne manquaient pas de vous encourager et de vous applaudir, grimpeur efficace sans expérience de varappeur. L’héroïsme d’avoir risqué votre vie pour sauver celle de l’enfant suscite admiration et reconnaissance. Bravoure récompensée par l'octroi de la nationalité française, une embauche et un diplôme de sauveteur.

Mais il y a beaucoup plus. Vous avez dû surmonter l'angoisse de vous faire repérer comme sans papiers et de courir alors le risque de voir s'évanouir d'un seul coup le rêve de vous installer en France. Un rêve résistant aux épreuves et aux souffrances de votre si longue migration. Un rêve présent au départ d’un pays aux prises avec la misère économique et confronté aux pressions islamistes ; un rêve persistant au cours de la traversée du désert, dans des conditions extrêmes et soumis au racket de passeurs véreux, puis au cours du passage en Lybie dont on sait les conditions de villégiature offertes aux migrants subsahariens ; un rêve insubmersible, au cours de la traversée de la mer sur un rafiot de fortune ; un rêve en passe d’aboutir quand la longue marche en Italie et en France vous à conduit, les traits creusés au burin d’épreuves et de souffrances, chez un frère installé de longue date dans notre pays. Vous auriez pu sur l'heure adopter profil bas pour éviter qu’un contrôle inopiné ne ruine vos espoirs et vous renvoie au Mali. J'imagine votre dilemme au spectacle de ce petit européen en si mauvaise posture. Poursuivre incognito, même devant l'urgence, votre chemin de rase muraille pour conserver votre fragile chance de vivre en France, estimer que le problème relevait de la responsabilité des parents, des voisins, des secours … ou bien grimper jusqu’à l'enfant au risque évident d'être identifié et renvoyé sans tarder à la case départ de votre long périple. Votre sang n’a fait qu’un tour. Vous avez choisi dans l'instant la vie d'un petit Français contre votre propre salut d'Africain. Permettez-moi d’inscrire là votre véritable héroïsme. Il dépasse l’exploit de votre spectaculaire prouesse d'agilité et de force physiques. Même si votre engagement a été dans l'urgence quasi-réflexe, vous avez consenti à suivre un appel intérieur capable de vous faire dépasser des différences culturelles, des préjugés sociaux et des aspirations personnelles des plus légitimes.

Vous n'avez certes pas l'apanage d’actes d’héroïsme, posés au nom d'un sens de l'homme, capables d’ouvrir les verrous de solides carcans culturels et sociaux. Dans un tout autre contexte, mais pour les mêmes raisons de fond, j'ai souvenir d'une femme soumise en Amérique du Sud à un interrogatoire policier des plus musclés. Elle résistait. Sur le soir, son tortionnaire dut la quitter au prétexte d'aller soigner sa mère tout en assurant qu'il reprendrait le lendemain matin son infâme besogne. Mais au moment de recommencer son travail de séide, la torturée lui demanda : Comment va ta maman ? Le bourreau fut incapable de reprendre le supplice. Un sursaut d’humanité avait eu raison de sa violence. Et derrière l'exceptionnel de ce comportement comme du vôtre, une cohorte d’obscurs et de sans-grade, motivés par de mêmes valeurs sans frontière, dépensent leurs énergies souvent à corps perdu pour les autres, si différents voire ennemis soient-ils. Car ils les considèrent comme des personnes humaines à part entière, parfois même comme des frères.

La fin de votre histoire, cher Monsieur, désormais cher compatriote, prend les airs d'un conte de fée. Elle est pourtant des plus réelles. Elle mettra à mal l'image par trop répandue de l’immigré parasite profiteur, voire délinquant. Merci de nous avoir montré de façon spectaculaire que les écrans de généralisations, de préjugés et même des procès d'intention, sont à briser. Merci pour votre encouragement à poursuivre cet effort.

Fraternellement
Michel


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